Accident de plongée : l’allergie en question ?

Certains incidents et/ou accidents de plongée demeurent mystérieux et inexpliqués

Difficile dès lors de pouvoir les prévenir et éviter à d’autres de repasser par ces moments stressants.

Cela aurait pu être le cas pour Daniel en ce mois de mai, quelque part en Belgique.

Depuis plus de 6 mois, Daniel suit régulièrement une formation de plongée théorique en classe et pratique en piscine. Il manipule correctement le matériel de plongée, se débrouille plutôt bien d’un point de vue de la gestion de son matériel et de sa flottabilité, connait les grands principes et lois régissant le milieu aquatique et, comme il a une formation initiale d’infirmier, il est particulièrement attentif et sensibilisé à tous les aspects plus « médicaux » de la plongée.

Aujourd’hui, c’est le grand jour

Avec toute sa bande de potes, ils vont pouvoir découvrir les joies de la plongée en milieu naturel.

Lors du briefing, il est décidé que Daniel plongera avec son moniteur habituel, qui est le plus expérimenté des moniteurs présents et en qui il a confiance.

Comme les prérogatives de leur organisme de certification le permet, il est prévu, que si Daniel se sent à l’aise dans la zone des -10 m pour cette première plongée de formation, ils évolueront vers l’épave d’un bus présente sur ce spot de plongée situé à une profondeur maximale de -17m et constituant un des points d’intérêt de ce plan d’eau.

Tout le monde se prépare joyeusement et c’est l’immersion.

Daniel découvre le monde aquatique tout en douceur et en confiance. Il se sent bien et explore le site avec son moniteur jusqu’à la profondeur prévue.
Pour ne pas qu’il ait froid (nous sommes en Belgique tout de même), le moniteur ne s’attarde pas sur le fond et entame calmement la remontée en suivant la pente douce du relief.

Aux alentours des 5-6 mètres de profondeur, Daniel ressent une douleur assez vive au niveau de la mâchoire supérieure gauche (au niveau des prémolaires).

Il pense alors qu’une dent s’est fissurée, brisée. Mais au passage de la langue, pas de casse au niveau des dents.

De retour en surface, une vingtaine de minutes après l’immersion, il s’aperçoit que toutes ses dents de la mâchoire supérieure gauche sont anesthésiées (comme chez le dentiste) ainsi que la joue gauche (face interne et externe)… et commence à stresser.

Une fois sorti de l’eau et déséquipé, la douleur plutôt que de disparaitre, s’étend sur la majeure partie de l’hémiface gauche et Daniel ressent des nausées qu’il attribue à un malaise vagal provoqué par la douleur. Il informe son moniteur de ce qu’il ressent.

Là, tout le monde voit que Daniel est effectivement « chocolat bleu pâle » pour ne pas dire très pâle.

Pour ne rien laisser passer, le moniteur lui propose de prendre de l’oxygène durant 30 minutes et du paracétamol… même si à ce moment et vu le profil de plongée personne n’associe cela à un accident de décompression.

La douleur s’estompe petit à petit, Daniel reprend des couleurs et le paracétamol fait son effet. Plus de nausées ni de douleurs mais toujours cette mâchoire insensible.

Son moniteur lui conseille de consulter son dentiste parce que lui n’est pas médecin et qu’il n’a jamais eu le cas malgré les milliers de plongées qu’il a au compteur… Tout cela paraît bien étrange.

Recherche de la cause

Le lendemain, Daniel a toujours la mâchoire insensible. Il téléphone chez DAN pour parler à un médecin s’occupant de médecine hyperbare.

Pour ce spécialiste, il est possible que le canal sinusal (allant du sinus maxillaire à la fosse nasale) soit obstrué et que l’air se trouvant dans le sinus (d’abord comprimé par la descente et décomprimé par la remontée) ne sache plus sortir du sinus.

Ce médecin relate qu’il a déjà eu des plongeurs avec un sinus fracturé après ce genre d’incident

L’air doit sortir par n’importe quel moyen, s’il le faut le sinus se fracture !

Daniel va voir son dentiste qui exclut un problème au niveau dentaire.

Il se tourne alors vers un spécialiste en dentisterie maxillo-faciale qui diagnostique une sinusite et lui prescrit des antibiotiques. Rien ni fait…

Daniel se dirige alors vers son ORL qui lui fait différents examens qui révèleront une sinusite au niveau du sinus maxillaire gauche ainsi que la présence d’un polype.

Voilà donc le coupable : un polype probablement d’origine allergique !

Ce polype, quand l’air a voulu sortir du sinus lors de la remontée, a obstrué le canal sinusal. Le polype était tellement bien sorti que l’ORL le voyait dans la fosse nasal !

En sortant, le polype a également comprimé le nerf trijumeaux sous orbital (celui qui innerve une partie de la joue et les dents de la mâchoire supérieure) d’où la douleur et les dents anesthésiées.

Il s’agit donc d’un barotraumatisme déclenché par une réaction allergique non décelée jusqu’à cette plongée.

Traitement

Un traitement d’attaque est mis en place : antibiotiques puissants à fortes doses; médrol (cortisone) pendant deux mois; obligation de se moucher tous les matins.

Pour suivre, un traitement de fond est proposé : spray antihistaminique en saison de pollinisation tous les matins après mouchage (important de bien se moucher pour éviter l’accumulation de sécrétions pouvant provoquer une sinusite) et l’utilisation d’un spray décongestionnant 20 minutes avant la plongée.

Retour à la plongée

Après approximativement 6 semaines « en cale sèche », dont plusieurs pendant lesquelles il ne sentait plus sa mâchoire, Daniel effectue une courte plongée peu profonde (grand max 10 mètres)

Tout se passe très bien, même s’il ne peut s’empêcher d’avoir une petite appréhension lors de la remontée.

4-5 plongées plus tard, Daniel ne pense plus du tout à cet incident et continue sa formation avec succès.

Aujourd’hui, après une centaine de plongées et une certification de plongeur autonome jusqu’à – 40m en poche, il avoue tout de même qu’il lui arrive de plonger en oubliant parfois de prendre son traitement préventif… 😱

Daniel a donc été victime d’un barotraumatisme dû à une allergie dont il ignorait l’existence jusqu’à cette plongée. Bien traitée, cette allergie ne constitue plus un frein à la pratique de la plongée mais le contraint à la prendre en compte en suivant un traitement pour continuer longtemps … à plonger en toute sécurité.

Que nous apprend l’histoire de Daniel ?

Le monde sous-marin n’est pas notre milieu naturel et j’ai l’habitude de dire que, en quelques sortes, nous sommes toutes et tous des cobayes (comme je l’avais développé dans cet article). Aussi, lorsque nous sommes confrontés à un incident ou un accident de plongée, il est intéressant d’une part de ne pas s’enfermer dans le silence (rappelons qu’il n’y a pas de honte à avoir un problème => lire ICI) et, d’autre part, d’en tirer des enseignements.

Dans le cas de Daniel, nous pouvons mettre quelques points en évidence :

  • Un incident doit TOUJOURS être pris au sérieux
  • Administrer de l’oxygène est un bon réflex ne serait-ce que pour calmer la personne (effet réel et/ou placebo… peu importe)
  • Chaque personne est unique
  • Nous sommes parfois victimes de défauts physiques, de sensibilités propres,… que nous ignorons et qui peuvent se révéler être contraignants pour la pratique de la plongée. Ex : une allergie, un foramen oval perméable, un diabète léger,…
  • Une allergie non traitée et/ou non décelée peut provoquer des effets désagréables voir dangereux lors d’une immersion même à faible profondeur.
  • Il est parfois utile d’investiguer longuement pour comprendre ce qui s’est passé lors d’un incident/accident de plongée et éviter que cela ne se reproduise pour soi ou pour les autres => importance de communiquer
  • Certaines pathologies et/ou problématiques telles que l’allergie ne constituent pas une contre-indication à la plongée POUR AUTANT qu’un suivi par un spécialiste et un traitement adapté soit mis en place

Tous ensemble,  nous pouvons contribuer à augmenter notre sécurité en plongée en partageant nos expériences et en mettant tout en place pour que cela n’arrive pas à d’autres.

Partagez l’article si vous voulez, vous aussi, participer à la prévention des incidents et accidents de plongée.

Vous avez déjà été victime d’un incident /accident de plongée similaire ? Partagez votre expérience dans un commentaire ci-dessous pour faire profiter les plongeurs et plongeuses de vos expériences

Et surtout,… n’oubliez pas d’être heureux /heureuses 😉

Hélène

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  1. Cet article m’a rappelé une crise de panique que j’ai eu lors d’une remontée de plongée a cause de mes sinus bloqués.
    Mon frère a essayé de me calmer mais sans succès la douleur était trop violente.
    Je suis remontée en flèche a la surface (heureusement nous étions dans la zone des 5 mètres pour le dernier palier de déco).
    Ça s’est débloqué une fois à l’air libre et nous avons pu redescendre terminer notre palier.
    Maintenant j’ai un traitement quotidien avec contrôle annuel chez l’allergologue pour soigner allergies et asthme et je plonge avec des gens de confiance qui connaissent ma santé et sauront me retenir en cas de crise.
    Cette mésaventure pour confirmer qu’une allergie n’est vraiment pas à prendre à la légère quand on plonge même à faible profondeur.

    1. Merci Viviane pour ton retour d’expérience.
      Si cette plongée précise n’aura pas été la plus belle de toutes tes plongées, tu auras appris et pu mettre en place les conditions pour plonger longtemps avec plaisir et en toute sécurité 😉

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