Administrer de l’oxygène en cas d’accident de plongée : entre Science et Loi

Administrer de l’oxygène en cas d’accident de plongée : entre Science et Loi

Récemment, la Société Belge de Médecine Hyperbare et Subaquatique organisait une journée d’études sur la thématique prometteuse suivante : Le plongeur et la loi – responsabilité civile et pénale. Avec, nous promettaient-ils, un point qui anime régulièrement les conversations des passionnés de plongée : administrer de l’oxygène.

J’avais participé à une précédente journée sur la prise en charge du plongeur accidenté. Aussi, je dois dire que j’étais plus que ravie de renouveler l’expérience.

Les informations jaillissent en tous sens, tantôt en français, tantôt en néerlandais avec les slides en anglais. Pas de doute, nous sommes bien à Bruxelles.

Les orateurs sont ouverts, chaleureux et peu avares d’échanges notamment lors des pauses.

Guy Vandenhoven : Médecin spécialisé dans la médecine sportive et la plongée. Il est président de la SBMHS et membre du bureau de la Commission LIFRAS et du bureau de la SKA.

François Jaeck : avocat à la Cour à Blois (France) est instructeur de plongée et Directeur Exécutif du DAN Europe Legal Network.  

Peter Germonpré : responsable du Centre D’Oxygénothérapie Hyperbare de l’hôpital militaire de Bruxelles est spécialiste sur les questions de Foramen Oval Perméable entre autre.

Catherine de Maeyer : cardiologe, médecin de revalidation et spécialiste de médecine hyperbare et subaquatique. Elle est également présidente de la Commission Médicale de la NELOS.

Olivier Goldberg : président de la Commission Médicale de la LIFRAS est spécialiste en médecine d’urgence et Chef de Clinique aux Services des Urgences de l’UZ Brussel.

Marc Van Bouwelen : président de la Commission Technique de l’Art Infirmier du SPF Santé Publique. Il est également expert juridique soins infirmiers chez la NVKVV (Institut de Formation Continu pour infirmiers).

Retrouvez toutes les présentations de la journée sur le site internet de la SBMHS

Différents sujets tous plus intéressants les uns que les autres sont abordés lors de cette journée mais c’est finalement la question de l’administration de l’oxygène qui me semble le plus pertinent à vous relayer.

Administrer de l’oxygène lors d’un accident de plongée : les questions soulevées

Ai-je le niveau ou la formation pour le faire ? Qu’en dit la loi ? Dois-je attendre avant d’administrer de l’oxygène ? Est-ce nécessairement un moniteur qui doit s’en charger ? Quel oxygène donner ?

En France, la plongée sous-marine fait partie des sports à risque (ce qui n’est pas le cas en Belgique). En pratiquant cette activité, nous sommes normalement conscient que nous pouvons un jour nous retrouver à devoir porter assistance à notre binôme ou un autre plongeur.

Beaucoup de questions légitimes circulent autour de la question de l’administration de l’oxygène en plongée. Et les experts y ont parfaitement bien répondu.

Administrer de l’oxygène lors d’un accident de plongée : ce que dit la science

Quand administrer de l’oxygène ?

Les experts sont unanimes : Il faut administrer de l’oxygène TOUT DE SUITE et cela jusqu’au moment où la personne est prise en charge par les secours.

De préférence en respectant les recommandations suivantes :

Administrer de l’oxygène lors d’un accident de plongée : Quel pourcentage ?

Si vous aviez encore un doute, levez-le. Il convient d’administrer de l’oxygène dans la concentration la plus élevée possible quelle que soit la saturation en oxygène du sang de la personne.

Idéalement, administrer de l’oxygène à 100% est la meilleure solution avec un débit minimum de 15 litres /minutes.

Peu importe la source scientifique, le conseil est le même :  c’est 100% d’oxygène sans interruption et tout de suite.

De même, il est préférable d’administrer de l’oxygène à 100% pendant 30 minutes plutôt que de l’oxygène à 50% pendant une heure. Ne tentez pas de « composer » même si vous craignez de tomber à court avant la prise en charge du plongeur par les services de secours.

Oxygène médical ou industriel, une différence ?

C’est Olivier Goldberg qui nous dira que si lui même a un problème, il nous demande de lui donner de l’oxygène médical ou industriel sans faire de différence. Je fais le même choix. Surtout quand on sait que la différence tient principalement du fait du rinçage des bouteilles et des personnes habilités à les manipuler. Outre cela, pas de différence, donc pas de raisons de ne pas utiliser l’oxygène industriel s’il est le seul à disposition.

Administrer de l’oxygène lors d’un accident de plongée : A qui ?

Il convient d’administrer de l’oxygène à TOUT plongeur ou plongeuse présentant des signes clairs ou moins évidents d’accident de décompression. Si du côté de la NELOS des cas particuliers demandent de ne pas administrer de l’oxygène (je vous invite à aller voir chez eux leur point de vue), pour les autres le message est : dans le doute, choisissez toujours la sécurité et donnez de l’oxygène à la personne accidentée.

Administrer de l’oxygène lors d’un accident de plongée : que dit la Loi 

Chaque pays va avoir sa propre réglementation. Il convient de vous renseigner sur les lois et réglementations en vigueur des pays dans lesquels vous allez plonger.

Pour la France

Selon la Loi, vous devez porter assistance à personne en danger. Le problème réside bien souvent dans le fait de se dire : oui mais si je fais mal ? Si je n’administre pas bien ? Pas assez ? …

C’est assez simple, il y a deux cas de figure :

  • Dans le premier vous ne le faites pas de peur de mal faire et d’avoir des ennuis : vous ne serez plus couvert par les assurances. De fait, en cas de problème il s’agira d’un délit intentionnel (vous décidez intentionnellement de ne pas porter assistance)
  • Vous le faites : vous serez couvert par votre assurance même si les choses « tournent mal » car la faute sera alors non-intentionnelle.

Le seul cas admis par la Loi et dans lequel vous pouvez ne pas porter assistance est celui où il y a un danger pour vous de le faire.

De mémoire d’expert, il semble que jamais un plongeur n’ai été inquiété pour avoir administré de l’oxygène lors d’un accident de plongée.

Et même si cela arrivait, il ne serait plus que probablement pas inquiété puisque la communauté scientifique internationale conseille de le faire.

Donc, la réponse est claire : TOUT le monde peut administrer de l’oxygène. Que vous soyez formé ou pas pour administrer de l’oxygène, faites-le. Celui qui sait le faire le fait.

Pour la Belgique

Ici c’est très différent. depuis quelques années, l’administration de l’oxygène  est considéré comme un “acte infirmier”. A moins d’être habilité à réaliser cet acte, personne ne peut administrer de l’oxygène. Cela étant réservé aux médecins, aux infirmiers et aux ambulanciers attachés à un service 112. C’est ce qui rend l’achat et le remplissage de bouteilles complexes dans le plat pays. Une des raisons invoquées étant de dire que le système de secours est organisé en Belgique de façon à ce qu’il ne faille que quelques minutes pour qu’ils arrivent sur les lieux de l’accident. Je tiens tout de même sur ce point à préciser que j’ai été la témoin malheureuse de la mort d’une collègue sur mon lieu de travail. Les secours ont mis 45 minutes à arriver ! Pas de chance, ils étaient mobilisés ce jour-là sur deux autres cas graves. La personne est décédée … à 27 ans.

Dans le milieu précis de la plongée cela fait débat. Car seules les personnes habilitées à le faire peuvent administrer de l’oxygène, même en cas d’accident de plongée. Sous peine d’être poursuivie pour exercice illégal de la médecine.

Alors, bien évidemment, la question suivante se pose.

Devons-nous donner de l’oxygène que la médecine nous dit d’administrer en attendant les secours pour une personne présentant les signes d’un ADD ? Ou, doit-on rester de marbre pour respecter la Loi et observer en silence notre bouteille d’oxygène ?

La science nous dit d’intervenir le plus vite possible. La Loi ne nous permet pas de le faire. Il y a des bouteilles d’oxygène un peu partout à disposition… Mais nous ne pouvons pas les utiliser.

Que faire ? Sommes-nous destinés à être hors-La-Loi ou à ne pas suivre ce que la science nous dit ?

Entre Sciences et Loi, en ce qui me concerne, j’ai fait mon choix. Et vous, quel sera le vôtre ?

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux / heureuse 🤗

Hélène

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  1. Bonjour Hélène,

    En ce qui concerne notre club, lors de l’inscription ou renouvellement annuel, la question est posée sur le formulaire, ” acceptez-vous de recevoir de l’O2 en cas ADD “.

    La personne est libre d’accepter ou non.

    Je pense ainsi nous protéger plus ou moins de problèmes

    1. Bonjour Marc,

      Si tu fais partie d’un club de plongée en France, cela ne pose pas de problème puisque n’importe qui finalement peut donner de l’oxygène. Par contre, si tu fais partie d’un club de plongée en Belgique, le fait de faire cette mention dans le formulaire d’inscription n’enlève en rien l’interdiction de donner de l’oxygène pour toute personne non habilitée à le faire. Cette mention n’annulant pas la Loi.
      Après dans la pratique, le moment venu, chacun et chacune fera ce qui pourra / voudra…

  2. Bonjour ,
    Sauriez vous me renseigner sur l’O2 utilisé en plongée profonde… pour les recycleurs par exemple… J’ai entendu dire de la part d’un technicien en magasin de plongée que l’O2 utilisé pour plonger et encore plus pure que l’O2 médicale…..
    Est ce vrai ou marketing ?
    Merci d’avance
    Amicalement
    Nico. B

    1. Bonjour,
      On entend parfois cela… Et parfois l’inverse.
      Quoiqu’il en soit, les différences sont minimes.
      La question que je me pose est : pourquoi voudrais-tu utiliser de l’oxygène médicale pour plonger alors que c’est plus cher et plus difficile à obtenir ?
      N’est-ce pas plus simple de te rendre directement au point de gonflage dans le magasin de plongée le plus proche ?
      Amicalement

  3. Bonjour. Merci pour l’article.
    J’ai eu un ADD médullaire fin août, à 30m plus de bras. Je pense que suis encore sur pattes c’est qu’au pallier nitrox 40% provenant de la sécu ensuite O2 jusqu’à l’arrivée de l’ambulance et médecin. 6h de caisson.
    Pourquoi 40%, car on devait partir en France pour un stage. Or là est le hic avec le code du sport la bouteille de secu doit être compatible avec le brevet. Donc pas de 100% si tu n’est pas nitrox confirmé. Je trouve ça aberrant. Dès que je pourrais plonger, perso 100% en secu.

    1. Bonjour David,

      Bien contente de lire que tout s’est bien terminé pour toi 🙂
      La Loi est parfois compliquée et dans certains cas particulière.
      Peux-tu en dire plus sur ton accident ? Quelles conditions ?
      Au plaisir de te lire

  4. Pour la Belgique, il faut être infirmier… Quid du CFPS?
    Au fait où se procurer sa propre bouteille pour pouvoir d’auto medicer ?

    1. Bonjour Denis,

      Qu’est-ce que le CFPS ?
      En Belgique il n’est pas simple de se procurer de l’oxygène. Il me semble que l’endroit où ce sera le plus simple sera dans un magasin de plongée.

  5. Bonjour Helène,

    Je me posais la question de savoir s’il était interdit par la loi en Belgique de mettre à disposition une source d’O² à un plongeur suspecté de faire un ADD, et qu’il prenne sur lui d’ouvrir la bouteille ou de mettre le masque en place, ainsi, il y a assistance à personne en danger mais le geste d’administration (présupposé médical) est opéré par l’intéressé. Même si on lui indique la marche à suivre s’il n’a pas la formation O²?
    Je ne pense pas qu’un plongeur endifficulté puisse être accusé d’automédication.
    il est quand même beaucoup plus rare d’avoir des plongeurs inconscients qui ne peuve se mettre un masque, plutot que des plongeurs incionscients.

    A te lire, cordialement

    Franck

    1. Bonjour Franck

      C’est évidemment une alternative intéressante qui a été évoquée. Oui, le plongeur peut s’administrer de l’oxygène lui même pour éviter que d’autres soient mis en défaut. Pour le cas du plongeur inconscient, chacun et chacune fera ce qu’il pourra/voudra.

      Merci pour ta participation et cette proposition d’action.

  6. Hello Hélène. Article très clair, je ne peux qu’être d’accord avec toi. J’ignorais la spécificité du plat pays qui est le tien concernant l’administration d’oxygène.

    Pour continuer sur ton article, il y a quelques années, je suis tombé sur le texte suivant :

    http://www.lac-du-bourget.fr/accident-de-plongee-marcel-fondacci/

    Il relate l’accident de plongée arrivé à un moniteur en 2006. Pardon de plomber un peu l’ambiance mais il montre à quel point l’utilisation de l’oxygène est capitale en cas de suspicion d’ADD. L’un de mes amis moniteur me racontait qu’il lui est arrivé de devoir insister très lourdement pour qu’un médecin urgentiste (en France) accepte de ne pas interrompre l’administration d’oxygène chez un plongeur qu’il soupçonnait d’avoir un ADD. On n’insistera jamais assez : il faut absolument administrer de l’oxygène pur à tout plongeur pour lequel on soupçonne un ADD et surtout ne pas interrompre le traitement jusqu’à la prise en charge par des médecins formés au traitement des accidents de plongée.

    Amitiés

    Ronan

    1. Bonjour Ronan,

      Merci pour ton partage.
      Sur l’administration de l’oxygène, la communauté scientifique internationale est claire : oxygène le plus vite possible, dès la suspicion d’un accident de plongée et cela sans s’interrompre jusqu’à la prise en charge par le service hyperbare.

      Bonnes bulles

    2. Excellent article.
      J’ai appris un peut plus sur les caissons et ça façon d’opérer. Une histoire riche en information.

  7. Merci pour cet article, Hélène !
    J’envoie le lien aux responsables et encadrants de mon club de plongée… on se posait des questions à ce sujet justement.

    1. Avec plaisir Virginie 🙂
      Comme nous avons régulièrement le point de vue de la science lors des formations, il reste que l’on ne sait pas toujours sur quel pied danser du point de vue de la Loi.
      Si pour la plongée en France, cela ne pose pas trop de problème, pour la Belgique par contre…

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