Formation de plongée : ces exercices que vous ne devriez plus apprendre ou enseigner

Le monde de la plongée sous-marine évolue et son enseignement aussi… et c’est très bien comme cela

Alors que nos connaissances portant sur les immersions sont meilleures et le matériel de plongée incomparablement plus performant et fiable qu’au début de la plongée, il est surprenant de voir que certains exercices sont encore enseignés dans les formations de plongée loisir.

Au risque de brusquer ceux et celles qui restent attachés aux valeurs anciennes et aux pratiques qu’ils ont toujours connues, voici trois exercices que je considère comme désuets et/ ou dangereux au regard des pratiques et des outils de plongée sous-marine d’aujourd’hui

La remontée sans embout

Si la remontée sans embout a été supprimée des cursus partout dans le monde et reconnue comme accidentogène par le monde médical et/ou scientifique (voir DAN), en France elle est encore d’actualité (à nouveau suspendue depuis peu) pour obtenir le niveau 4 même si les responsables de formation eux-mêmes ont parfois du mal à comprendre pourquoi elle est au programme, puis elle ne l’est plus, puis elle est remise pour être ensuite retirée avant d’être à nouveau ajoutée… c’est à n’y rien comprendre.

Quand certains vantent ses vertus de mise en confiance, que d’autres la voient comme le seul bon moyen de se préparer à la gestion de la panne d’air,… je ne peux m’empêcher de considérer la remontée sans embout comme un exercice dangereux, d’un autre temps révolu où le matériel était rudimentaire, les planifications de plongée moins précises (il n’y avait pas d’ordinateur de plongée, pas de manomètre mais une tige de réserve d’air,…) et la condition physique des pratiquants très certainement bien meilleure que celle d’une bonne partie du public de la plongée d’aujourd’hui.

Actuellement il me semble de loin plus pertinent d’enseigner l’importance de la redondance du matériel, de la planification des plongées et du respect de celle-ci notamment au travers d’un briefing complet mais concis et de qualité.

Un plongeur enlève son détendeur sous l'eau
© DifferentDive | DDIVE

Le canard

Technique d’immersion consistant à descendre la tête en première enseignée dès le tout début de la plongée, force est de constater que, dans la pratique, les plongeurs et plongeuses ne l’utilisent pas (ou si peu).

Très difficilement réalisable (et tout à fait inutile voir dangereuse) pour les plongeurs en combinaison étanche, l’immersion par la technique du canard ne présente un avantage que pour les plongeurs très/trop faiblement lestés (qui finiront parfois par tenir leur palier en fin de plongée avec beaucoup d’effort).

Pour les autres, je n’y vois aucun avantage : il est bien plus confortable et sécurisant (et moins stressant pour certains) de descendre calmement à la verticale tête en haut en vidant l’air de son gilet de plongée. De cette manière, pas de soucis pour équilibrer ses oreilles en prenant le temps qu’il faut pour le faire, pas de soucis pour garder en visuel les membres de sa palanquée (et donc meilleur temps de réaction en cas de problème), réduction de risque de peur ou panique, possibilité de rester en surface pour récupérer son appareil photo ou sa caméra que celui ou celle resté-e sur le bateau vous tendra et de descendre confortablement avec votre précieux matériel, etc…

Aujourd’hui, les gilets de plongée étant très performants, il vaut dès lors mieux mettre un ou deux kilos de lest supplémentaires pour assurer son confort et gonfler si besoin un petit peu plus son gilet.

Je vous encourage à lire cet article sur le lestage pour comprendre l’importance de ne pas être sous-lesté.

De ce fait, l’immersion à la verticale pied vers le bas sera bien plus confortable et simple en veillant toutefois à reprendre une position horizontale rapidement après l’immersion pour ne pas abîmer les fonds marins si vous vous immergez à faible profondeur.

Oubliez donc les mises à l’eau de type canard, phoque ou autre bestioles sympathiques et prenez le temps (votre temps) pour vous immerger

NB: vous avez été nombreux et nombreuses à réagir suite à ce point sur la question de sur-lestage. Mon propos des « 1 à 2 kg supplémentaires » n’est certainement pas d’encourager un sur-lestage mais de permettre à chacun et chacune d’avoir un lestage correct et confortable en opposition au sous-lestage évoqué un peu plus haut qui ne permet pas de tenir un palier (obligatoire et de sécurité). De mon point de vue, un bon lestage doit permettre de s’immerger sans effort, d’évoluer sans effort ET de tenir son palier sans effort également. Et cela passe parfois par 1 ou 2 kg de lest additionnel.

Une plongeuse l'entrée du cénote de Dos Ojos
© DifferentDive | DDIVE

Les exercices de tables en but de les utiliser comme outil de décompression pendant la  plongée

Vaste débat entamé dans mon article Pourquoi j’ai décidé de ne plus enseigner l’utilisation des tables de plongée, les exercices à rallonge portant sur les tables comme moyen de décompression PENDANT les plongées sont, à mon sens, inutiles en plongée loisir. Je n’ai personnellement jamais vu aucun plongeur sortir ses tables en fin de plongée pour calculer son temps de palier (heureusement !) et je souris quand les plongeurs ou plongeuses me disent ne jamais plonger sans leur tables alors qu’ils n’ont ni profondimètre ni montre de plongée en plus de leur ordinateur.

Bien sûr, comme tous les plongeurs et plongeuses loisir, ils se réfèrent à leur(s) ordinateur(s) 😉

Cependant, cette vieille idée des tables qui seraient « plus sécurisantes » circule encore et je suis désolée de lire parfois que plutôt que de s’équiper d’un ordinateur en backup ou redondance, de très (trop ?) nombreux plongeurs privilégient encore les tables de plongées dans leur gilet (tables qu’ils n’utilisent JAMAIS) avec un profondimètre et une montre qu’il n’ont souvent pas avec eux-elles.

Plutôt qu’un ordinateur ils utilisent trois accessoires et multiplient de ce fait le risque de panne. L’argument invoqué étant souvent : et si mon ordinateur tombe en panne ? Sans que jamais ils ne s’interrogent sur : et si ma montre tombe en panne ? Et si mon profondimètre me lache ?

Une personne étende devant elle ses tables de plongée
© DifferentDive | DDIVE

Cette liste d’exercices que vous ne devriez plus apprendre aujourd’hui n’est évidemment pas exhaustive et je suis convaincue qu’en réfléchissant un peu, vous trouverez vous aussi des exemples d’exercices de plongée qui n’ont plus de sens aujourd’hui. Je vous encourage à en parler dans un commentaire directement ci-dessous sur le blog pour en faire profiter tout le monde.

Vous êtes engagé·e dans une formation de plongée ? N’hésitez pas à interroger vos moniteurs sur la pertinence d’effectuer des exercices qui n’offrent parfois plus aucune utilité dans le monde actuel de la plongée loisir. Et si vous êtes moniteur, rien ne vous empêche de prendre du recul sur ce que vous avez l’habitude d’enseigner.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux / heureuse 🤗

Hélène

NB: cet article a suscité de nombreuses réactions car il touche au moins trois sujets sensibles. Certains d’entre vous se sont étonnés de le voir publié dans une rubrique intitulée « Je débute, je veux apprendre ». Ils ont eu raison car on peut réfléchir à n’importe quel moment de notre parcours. Aussi, j’ai décidé de réorganisé quelque peu mon site et de créer une nouvelle rubrique « Réfléchir ensemble » pour nous permettre de prendre du recul sur notre pratique de la plongée et de « Réfléchir ensemble » sur ce qui a du sens pour nous (et ce qui en a moins) dans une idée de partages positifs et constructifs.

  1. La RSE n’est qu’une fuite vers le haut. Cet exercice date de l’époque du Royal-Mistral ou un simple passage d’embout était loin d’être facile. Donc complète obsolète avec le matériel actuel surtout avec une redondance bien étudiée.

    La mise en place de redondances doit être reliée à une analyse de risque (What-if), ce qui est rarement fait. De même que les notions de « défauts en mode commun » d’un système redondant n’est pratiquement jamais abordé dans les cours et ce y compris dans les cours tec de haut niveau.

    Savoir utiliser un table et comprendre comment elle a été établie fait partie des fondamentaux de même que l’utilisation du sextant en navigation hauturière et ce malgré le GPS et le SatNav ou l’apprentissage du calcul alors que les machines à calculer existent.

  2. Bonjour
    Bravo Helene pour ce coup de pied dans la fourmilière des vieux monos acariâtres!!!
    Je suis E2. Voila plusieurs années que je peste contre:
    -La RSE: Mon exercice le plus compliqué à appliquer au N4. Trop rapide ou trop lent t’es éliminé. Trop d’apnée, tu finis dans la boite! C’est cool comme exercice!!! Non sérieux, à bannir. (je l’ai bien réussi toutefois mais je le trouve effectivement très très dangereux)
    -Le canard: Quelle imbécilité. Ca vous rappelle l’immersion de l’apnéïste, le gars qui part poumons plein. Bravo pour quitter la surface! J’émets toutefois une remarque sur le sur-lestage. En effet, oui il peut sauver un palier mais nous devons enseigner la plongée poumons vides, réelle avancée à l’équilibrage.
    -Les tables! Bientôt on va plonger avec les 10 commandements en marbre! ils ont tous 2 ordi par poignés. Dans une palanquée de 3, il y a 6 ordis!!! Alors même si un tombe en panne (ca m’est arrivé à Bormes sur une profonde dès le départ, j’en ai taxé un sous l’eau , car je n’en ai qu’un, et les autres suivaient le leur). Par contre, on ferait mieux d’enseigner les ordis car bon nombre de débutant ne lisent pas leur manuel et te montre leur ordi sous l’eau pour que tu l’interprète à leur place!!! Bonjour le danger.
    David

    1. Bonjour David,
      Merci pour ton compliment sur l’article
      Pour parler vrai, mon intention n’est pas vraiment de donner un coup de pied dans la fourmilière mais plutôt de proposer une vision pour susciter le débat et la réflexion : « voilà comme je vois les choses, et vous ? »
      Après chacun et chacune prendra ou pas ce qui lui convient.
      Il est vrai que le canard est une méthode d’immersion tout à fait adaptée à l’apnée, mais à la plongée à mon sens plus/pas du tout, mais c’est juste mon point de vue.
      Par contre, je suis surprise de lire régulièrement cette idée de « plonger poumons vides ». Peut-on vraiment avoir les poumons vides ?
      Pour ma part je préfère de loin inciter les plongeurs et plongeuses à respirer normalement et calmement dans leurs détendeurs durant leurs plongées que de parler de « poumons vides » (ils ne peuvent jamais être vides en vrai puisque sur tes +/- 6 litres d’air, lors d’une expiration non-forcée il reste +/- 2,7 litres dans tes poumons 😉 )
      Qu’en penses-tu ?

  3. Salut, j’ai commencé la plongée en 2014 et je suis N3, je n’ai donc jamais fait l’exercice du sans embout. On m’en a parlé pas mal de fois entre ceux qui trouvent cela « magique » mais surtout beaucoup de moniteurs qui trouvent cela dangereux (dont celui qui m’a formé jusqu’au N3). Je ne peux donc que penser que cet exercice est dangereux et pas forcement des plus utiles.

    Concernant le plongeon en canard, On ne m’a jamais appris cela, encore une fois cela est peut-être du fait que je ne suis qu’un plongeur relativement récent. Il me viendrait pas à l’idée de faire cela.

    Et enfin sur le dernier point, je suis partagé, je m’explique. à mon sens, apprendre à calculer avec les tables permet de comprendre un peu mieux les mécanismes de temps de plongée / profondeur / palier et ainsi aide à planifier appréhender sa plongée. par contre pour son utilisation en condition de plongée en cas de panne d’ordi, C’est vrai que d’avoir un ordi est finalement mieux. La panne de l’ordi m’est arrivé et je me suis fié à l’ordi de ma concubine et j’ai rajouté le palier de sécu. Bon après, il faut faire très attention à cela surtout si la personne avec qui vous plongée n’a pas fait les mêmes plongées dans les dernières 24h. Cet article me fait réfléchir sur la nécessité d’une deuxième montre ! 😉

    merci

    1. Bonjour Erwan,

      Merci pour ton retour.
      Le plongeon en canard est ce que tu fais pour descendre en apnée par exemple. C’est sympa mais à mon sens inutile en plongée.
      Les tables permettent de visualiser et donc elles peuvent être intéressantes à montrer dans le cadre d’un apprentissage. De là à en faire d’interminables calculs rébarbatifs qui ne serviront jamais dans la pratique…
      N’hésite pas à faire l’acquisition d’un deuxième ordinateur en back up et à toujours faire, si les conditions le permettent, ton palier de sécurité
      Bonnes plongées

  4. salut , j ai survolé ton ecrit et je suis entierement d’accord avec toi pour la remontée sans embout comme pour la panne d’ordi ne sommes nous pas sensés être en bis nome au minimum avec octo ? donc pour la remontée avec sont bis nome pour ce qui es de la panne d’ ordi ce refférer a l’ordi de sont bis nome qui est sensé avoir les même mesure que toi ! tu rajoute 3 min a 3 m en secu ! alors certain vont me dire oui mais si tu te pers moi personnellement si cela venais a ce produire remontée lente ( pour une plongée profonde ) et comme je ne sais pas compter (lol) je vide mon bloc a trois mètres pour avoir toutes les chances de mon coté ! par contre moi je trouve imbécile 1 parachute par palanquée panne d’air avec mon bis nome qui n’a pas de parachute comment faisons nous pour le signaler au bateau avec un seul parachute ? et je reviens sur le fait de me perdre c’est mon bis nome qui a le parachute comment je me signale moi en retour surface ? je suis un petit plongeur N3 les tables je ne les ai pas et je ne les maitrise pas non plus je me fis a mon ordi et en cas de problémes j’ ai ces solutions sont elles bonne ? pour ce qui es du canard il faut l’apprendre et libre a chacun de l’utiliser ou pas et si une personne ne le maitrise pas que cela ne le pénalise pas pour sont passage de niveau ! voilà bonne bulles

    1. Bonjour Renaud,
      Merci pour ton retour
      Tu dis quelque chose dans ton commentaire que tu fais bien de mettre en avant : avoir un parachute par palanquée n’est-ce pas un non sens ? Ne vaut-il pas mieux avoir un parachute par personne ?
      Tout comme toi, je trouve de loin mieux d’avoir chacun son parachute notamment pour les raisons de sécurité que tu cites.
      Bonnes bulles à toi et merci de ta participation

  5. Bonjour, avant de vouloir enlever ou ajouter des exercices d’aisance et de technicité, il vaudrait mieux apprendre aux débutant comment respirer et comment bouger Dans l’eau. Aujourd’hui encore beaucoup de moniteur ne se sont pas posé cette question essentiel de pédagogie préparatoire. Chacun aura un avis différent selon son expérience au sujet de la RSE, , Du canard, ou de l’utilisation des tables ou l’ enseignement des tables, mais combien de fois a-t-on vu remonter des photographe ou vidéaste sans expiration, combien de plongeurs ont raté une plongée de passe ou une épave pour n’être pas descendu rapidement dans le courant et combien de fois a-t-on vu des plongeurs perdus parce que l’ordinateur les a lâché ( tout le monde n’a pas les moyens d’avoir deux ordinateurs ). La pédagogie est quelque chose de très propre a chaque encadrant mais les raisons de son enseignement doivent être motivées. Ex le canard, exercice d’aisance uniquement ? Et bien non, car après un saut droit quel est le mouvement naturel pour descendre, (regardez les enfants) pour rattraper une caméra qui coule, quel est le mouvement instinctif… un autre exemple pourrait être le sauvetage en surface, pourquoi l’enseigner sans palme alors qu’un plongeur les a porté de mains ? Quid s’il doit aller sauver un noyé à la plage …

    1. Bonjour Daniel,

      Je comprends ton point de vue et te rejoins sur le fait qu’un minimum d’aquacité rendra l’apprentissage du reste de la plongée bien plus aisé.
      Par contre je ne suis pas en accord avec toi notamment sur les questions que tu poses : tu dis « combien ? Combien ? Combien ? »… et bien justement oui, combien ? Personnellement dans tous tes exemples cités, je n’ai vu qu’une fois des plongeurs rater une épave alors qu’ils avaient effectués un saut droit gilets vides dans une mer sans trop de courant mais où, manifestement, le capitaine les avaient dropés au mauvais endroit. Avoue que ce n’est pas bien dramatique, ils n’ont pas vu l’épave mais on vu d’autres choses. Je n’ai jamais rencontré les autres cas, mais je conçois qu’il est possible que cela arrive.
      Pour tes exemples de réflexions sur l’apprentissage, si le mouvement naturel de l’enfant en apnée va être un mouvement qui ressemble plus ou moins au canard, on parle d’apnée sans matériel sur le dos, pas de plongée.
      Par contre pour le sauvetage je ne suis pas du tout d’accord avec toi si tu préconises d’apprendre le sauvetage sans palmes par exemple pour agir en cas de sauvetage au départ de la plage.
      Je ne crois pas que chaque personne qui s’engage dans l’activité de plongée sous-marine doit devenir sauveteur. Pour avoir suivi cette formation et obtenu ce brevet, je pense que ce sont deux choses très différentes. A l’impossible nul n’est tenu.
      Un plongeur n’est pas un sauveteur en mer et s’il n’est pas entrainé au sauvetage en mer au départ de la plage, il y a fort à parier qu’il arrivera près de la victime soit trop tard soit suffisamment fatigué que pour mettre sa propre vie en danger. En effet, quelqu’un qui se noie va vouloir s’agripper très vite au sauveteur qui, s’il ne connait ni les techniques d’approches ni les prises particulières, risque bien vite de se mettre en danger.
      Bien sûr on peut tout apprendre. On pourrait aussi demander à chaque personne qui part plonger en bateau d’avoir le permis de naviguer (si jamais le DP est sous l’eau et qu’il faut d’urgence déplacer le bateau).
      Mais à un moment, ne doit-on pas s’arrêter ?

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