Salon de la plongée de Paris : l’incroyable projet d’Hélène de Tayrac

Ce fut très certainement une de mes plus belles rencontres de cet été.

A l’occasion d’un déplacement à Paris en septembre j’ai eu la chance immense de faire la connaissance d’Hélène de Tayrac.

Vous avez dit Hélène de Tayrac ?

Si le nom ne vous dit peut-être rien, vous connaissez plus que probablement l’évènement incroyable du monde de la plongée dont Hélène de Tayrac est la créatrice et la directrice depuis plus de 20 ans : le Salon International de la plongée sous-marine de Paris

Une femme à la tête d’un tel événement dans le monde de la plongée ne pouvait que m’intriguer moi qui suis sensible à ce sujet

C’est donc avec un brin de curiosité et beaucoup de joie que je me suis rendue à ce rendez-vous.

Si l’entente fut quasi instantanée, c’est une personne chaleureuse, intelligente et pourvue d’une vision claire et progressiste du monde de la plongée que j’ai pu rencontrer. Nos philosophies se sont croisées et nous avons eu une communion d’idées qui a transformé notre heure de rendez-vous initialement prévue en un long partage de près de trois heures.

Mais qui est Hélène de Tayrac ?

C’est la première surprise : rien ne prédestinait vraiment Hélène à être à la tête d’un évènement aussi important que le Salon de la plongée puisqu’elle n’était pas vraiment plongeuse.

Passionnée de danse, Hélène rêve d’en faire son métier. Lorsqu’elle confie à ses parents qu’elle voudrait passer l’examen d’entrée à l’Opéra de Paris, ceux-ci refusent et lui demande de faire son BAC d’abord.

A cette époque, Hélène s’adonne parfois à la plongée en vacances en Sardaigne sans être fan, probablement suite à l’échec du passage de son premier niveau car … elle ne trouve pas de palmes à sa taille !

A la sortie du BAC, Hélène s’oriente alors vers une école d’attachée de presse à Paris par passion pour les médias et la communication. Elle travaille pour le barreau de Paris mais aussi dans le milieu de la BD comme attachée de presse d’Uderzo et dans le milieu de la santé notamment en participant à la création de la première maison Ronald Mac Donald pour l’accueil des familles des enfants hospitalisés où elle s’investit dans des missions de type évènementiel.

Suite à un licenciement, Hélène, qui se décrit comme un électron libre, décide alors de rebondir et de créer sa propre agence HP communication.

Naissance du Salon de la plongée

En 1998, alors qu’Hélène est investie dans ses projets professionnels, elle fait la rencontre d’un plongeur caméraman qui lui propose de créer un évènement autour du monde de la plongée. Rapidement, elle accepte et se lance dans l’aventure.

Le succès de la première édition du Salon de la plongée de Paris la surprend : 10.000 visiteurs se pressent dans les allées où 40 exposants sont présents.

Suite à ce premier Salon de la plongée, Hélène décide alors de passer son niveau 1 de plongée car elle se rend compte qu’il y a beaucoup d’éléments qu’elle ne connaît pas et qu’il est difficile d’évoluer dans un monde de passionnés sans comprendre un minimum de ce qui se vit dans ce domaine particulier.`

Être une femme non plongeuse de surcroît dans cet univers de passionnés essentiellement composé d’hommes (nous sommes il y a 20 ans) est un véritable challenge et Hélène de Tayrac va alors devoir user de toutes ses compétences et qualités pour se faire entendre et se faire reconnaître au sein de cette communauté.

Portrait d'Hélène de Tayrac
© Hélène de Tayrac

Dès lors, elle utilise ses compétences en communication pour faire de ce Salon de la plongée un véritable système économique.

Pour cela, elle refuse dès le départ les pratiques ou échanges de type troc : « donne-moi un stand et je t’offre un voyage, une combinaison de plongée, … »

Avec son bagage professionnel, Hélène est lucide sur les règles du business et sur les conditions qui pourront faire grandir le Salon et me dit en souriant que le salon ne serait sûrement pas ce qu’il est si elle avait son garage plein de combi et passé son temps à voyager.

A la suite du deuxième Salon de la plongée, Hélène et son associé se séparent et elle reprend l’évènement à son propre compte.

La philosophie du Salon de la plongée selon Hélène de Tayrac

Pour Hélène, la seule question à se poser au travers de l’organisation d’un salon comme le sien est : « qu’est-ce que, avec un évènement comme celui-là, on peut apporter au monde de la plongée dans son ensemble ? D’une part, aux exposants et d’autre part aux visiteurs »

Pour tenter de répondre au mieux à ces questions, Hélène choisit de toujours repartir à zéro en se focalisant sur ce qui a bien ou mal fonctionné et sur les projets qui pourraient voir le jour l’année suivante.
« Ne jamais se reposer sur ses lauriers, ne jamais considérer que le succès sera présent d’année en année… et continuer toujours à avancer. »

Hélène soulève que beaucoup de choses ont changé en 20 ans. Que ce soit au niveau de la place de la femme dans le milieu de la plongée, du matériel de plongée, des prises de conscience, …mais elle sait qu’il reste pourtant encore beaucoup à faire.

Aussi, elle a toujours eu à cœur d’aider les acteurs du monde de la plongée à professionnaliser leurs activités, à les mettre en avant, à conscientiser les exposants sur le côté « vitrine » de leurs stands et de l’importance de prendre beaucoup de soin à leurs réalisations. Dans cette optique Hélène de Tayrac aime donner un coup de pouce aux nouveaux venus dans le secteur… n’hésitez pas à la solliciter, elle est super 😉

Très clairement, Hélène est une passionnée et le Salon de la plongée de Paris est le projet dans lequel elle investit tout son cœur, toute son énergie et toute sa passion. Pour elle rien n’est plus important que d’aimer les choses que l’on fait, d’aimer les gens, d’aimer les autres, d’aimer passer des moments privilégiés comme nous avons eu la chance d’en passer parce que si non, dit-elle …

…c’est quoi la vie ?

Hélène de Tayrac en plongée avec un appareil photo
© Philippe Senik

Le Salon de la plongée de Paris dans les grandes lignes

Hélène a beaucoup travaillé pour faire du salon de la plongée de Paris un beau salon, esthétique et agréable à visiter. Un évènement du monde de la plongée où les gens se sentent bien, passent une belle journée et profitent d’une offre attractive.

L’intérêt premier du Salon de Paris est la promotion de la plongée.

Au travers des conférences par exemple, Hélène fait des choix pour influencer positivement le monde de la plongée et lui donner une image attrayante tout en gardant à l’esprit son questionnement : qu’est-ce que ça apporte au monde de la plongée ?

C’est que, Hélène aime la plongée et va passer beaucoup de temps à faire de chaque salon un évènement unique tant du point de vue du plan du salon que des animations, des conférences et des nouveaux projets qu’elle souhaite mettre en avant.

Son constat est simple : la plongée sous-marine est un monde de passionnés et le plongeur qui vient au Salon a besoin de nouveautés, de se faire plaisir, …

Nullement réservé aux plongeurs qui ont beaucoup d’expérience, le Salon accueille toute personne curieuse de découvrir cet univers et qui doit, dès lors, se sentir à sa place et être reçue de la même façon que les habitués.

Hélène de Tayrac et moi partageons cette conviction que la plongée doit s’adapter aux personnes et à leurs particularités et c’est un véritable plaisir d’échanger ensemble sur ce sujet.

Hélène de Tayrac en plongée avec une tenue jaune
© Hélène de Tayrac

La visée éducative du Salon de la plongée de Paris

Un point qui m’interpelle particulièrement dans le discours d’Hélène de Tayrac est la visée éducative qu’elle impulse dans le Salon de la Plongée.

Savez-vous que l’année dernière plus de 600 élèves des collèges sont venus faire un baptême dans la piscine installée au cœur du Salon ? Impressionnant quand on sait que le public de la plongée sous-marine est vieillissant et qu’il est parfois difficile d’y accrocher les jeunes générations.

Le plongeur est naturellement plus protecteur de l’environnement marin parce qu’il met sa tête sous l’eau et apprend à aimer la vie sous-marine. D’où l’intérêt de faire venir le jeune public à la plongée pour, par exemple, le sensibiliser à la protection des océans.

Le business de la plongée selon Hélène

Pour Hélène, comme pour moi-même, il manque en France des commerces de style « concept global » avec tout sur place et comportant des détails propres au secteur : verre en forme de bouteilles de plongée, magasin avec restaurant et bar intégrés offrant des boissons orientées plongée, zone réservée à la photo, …

Lorsque je discute avec Hélène de Tayrac du business dans le secteur de la plongée en France, je comprends qu’elle regrette aussi la tendance à travailler dans des structures commerciales sur un modèle parfois presque associatif. Si les deux modèles offrent des avantages et peuvent/doivent co-exister, il lui semble que les professionnels du secteur auraient tout intérêt à prendre conscience qu’il y a de l’argent dans l’univers de la plongée et que les plongeurs et plongeuses qui investissent parfois des budgets importants (matériel, voyages, …) ont le droit à un service d’une qualité à la hauteur de leurs dépenses… sous peine de les voir faire des choix vers d’autres destinations.

Alors qu’il existe encore en France des endroits où l’on se change sur les quais pour un prix conséquent, Hélène rêve d’un secteur de la plongée redorant l’image de l’activité. Et sur ce point encore, à la suite de l’article questionnant le recul de la plongée au sud de la France, je ne peux que la rejoindre.

Confort, communication, infrastructures, accueil, … de très nombreux points peuvent être travaillés pour augmenter la qualité des services et produits.  

Les obstacles sur sa route

Mais l’histoire du Salon est loin d’avoir toujours été simple. Pour arriver à amener le Salon de la plongée où il est aujourd’hui, Hélène de Tayarc a du surmonter de très nombreux obstacles :

  • Être une femme à la tête d’un salon de la plongée dans un monde essentiellement masculin
  • Faire comprendre aux professionnels que le salon était avant tout une vitrine de leurs activités mais également du monde de la plongée et qu’il fallait donc être particulièrement vigilant à l’image véhiculée
  • Arriver à manager les susceptibilités et essayer de contenter un maximum de gens
  • Se remettre chaque année en question et accepter de recevoir les critiques
  • Faire des choix en ne sachant pas toujours si ce seront les bons et donc, prendre des risques
  • Résister aux pressions
  • … et continuer envers et contre tout à garder l’objectif dans le but de faire pour chaque visiteur une journée au Salon à la hauteur de son espérance.

En 2019, les sciences participatives

Lorsque je lui demande pourquoi elle a choisi le thème des sciences participatives pour le Salon 2019, Hélène me répond instantanément qu’aujourd’hui, si on veut continuer à évoluer, il faut encourager les gens à participer, tous ensemble.

Bien sûr, cela me touche dans mon désir de rassembler la communauté des passionnés de plongée autour d’une activité ouverte à toutes et tous dans une optique de partage et de co-construction comme je le fais depuis quelques mois au travers du groupe d’échanges Formation de plongée, astuces et autres petits plaisirs

Des grands bonheurs


Si Hélène de Tayrac est capable de soulever des montagnes d’énergie et de créativité, c’est peut-être parce que son grand bonheur est le moment de l’ouverture du Salon de la plongée. Ce moment merveilleux où les portes s’ouvrent et laissent place à l’émerveillement du public.

« C’est l’aboutissement d’un an de travail : tout le monde est là, les dés sont jetés »

Et dès l’ouverture c’est le Salon suivant qui se prépare. Hélène vit donc cet évènement en décalage par rapport au public et aux exposants mais la joie reste là, intacte et présente.

Hélène de Tayrac me fait remarquer qu’aujourd’hui, des visiteurs l’arrêtent dans les allées du salon et que ce partage avec le public lui fait vraiment plaisir … à bon entendeur.

(Je ne peux m’empêcher de sourire à l’idée que tous les lecteurs de cet article qui décideront de se rendre au Salon en janvier 2019 l’arrêtent dans les allées pour la saluer et échanger quelques mots avec elle… Hélène, te voilà prévenue 😁)

« J’aime le Salon, j’aime mon métier j’aime les exposants, j’aime les gens… j’ai besoin d’être passionnée » me confie-t-elle.

Pour cette raison, Hélène veut continuer à être libre de faire les choses qui lui font plaisir comme ce fut le cas pour l’impressionnant buffet offert à tous les visiteurs le vendredi de l’édition des 20 ans.

Concilier un si grand projet avec une vie de famille

L’ampleur de l’évènement a depuis longtemps contraint Hélène à organiser sa vie de famille au rythme du Salon de la plongée : chez elle, on fête Noël après le Salon de la plongée et le Nouvel An est absent car fin décembre représente le dernier grand rush avant l’ouverture des portes. De même, le succès grandissant du Salon l’oblige aujourd’hui à y consacrer toute son année alors qu’au départ l’organisation lui permettait quelques mois de relâchement sur l’année.

Heureusement, dans la famille d’Hélène, tout le monde plonge : ses enfants, son mari et elle-même.

Hélène sourit en me disant qu’elle a réussi à faire ce qu’elle voulait appliquer au monde de la plongée : embarquer tout le monde dans l’aventure pour plonger en famille comme on fait du ski en famille.

Et pour cela, la plongée se doit d’être fun

Des plongeurs en tenues multicolores sautent tous ensembles d'un bateau
© Hélène de Tayrac

Aujourd’hui elle est niveau 3 et espère reprendre sa formation de N4 dès que possible.

Car, Hélène de Tayrac, à la tête d’un évènement international dans le secteur de la plongée déplore son manque d’occasion de la pratiquer notamment dans les lieux qu’elle affectionne tels que l’Égypte, Bali, ou les Cénotes au Mexique qui sont ses coups de cœur mais aussi lors d’occasions originales comme la plongée sous la Tour Eiffel.

En effet, en 2007, un maire adjoint de la mairie de Paris propose d’installer la piscine du Salon de la plongée sous la Tour Eiffel au mois de juin. Pour cette occasion, toutes les personnes qui visitaient la Tour Eiffel pouvaient faire un baptême.
Un soir, Hélène en profite pour faire une plongée de nuit sous la Tour Eiffel toute illuminée et grave cet instant comme une de ses plus belles plongées… et l’on peut aisément l’imaginer.

Des rêves pour le futur

Si Hélène a cette confiance dans l’évolution du monde de la plongée, son rêve de plongeuse est de monter un jour sur un bateau et de voir que la moyenne d’âge est de 25 ans et que la relève des passionné·e·s de plongée est assurée.

Mais plus concrètement en rapport avec son activité, elle rêve qu’un jour les structures de plongée en France soient à la hauteur des autres activités tels que le ski par exemple et que l’on puisse aller dans des centres magnifiques, des agences de voyages tops ou des magasins de plongée super bien organisés et achalandés.
Aujourd’hui, Hélène de Tayrac pense que l’on va arriver à un tournant (clubs, fabricants, …) et qu’il y a de fortes chances que les jeunes générations qui vont reprendre les affaires vont arriver avec des idées modernes et faire inévitablement évoluer le monde de la plongée.

J’ai vécu une expérience unique dit-elle : j’avais une agence de communication, j’ai créé le Salon de la plongée, je l’ai développé, je l’ai fait fructifier sans être dans un groupe d’organisateur de salon.

« Je connais tous mes exposants. J’essaye d’être proches d’eux, proches des plongeurs aussi. »

Et un merveilleux projet

Si Hélène a des projets et idées concernant le monde de la communication notamment en termes de transmission de ses connaissances acquises durant toutes ces années, dans le milieu de la plongée, elle mûrit un autre grand projet absolument merveilleux qui fera forcément parler de lui prochainement… mais, inutile de vouloir en savoir plus, je lui laisse le plaisir de l’annoncer lorsque le moment sera venu.

Finalement, je me rendais à Paris pour découvrir qui était à la tête du Salon international de la plongée sous-marine de Paris et j’ai vécu une vraie rencontre, un moment de grande qualité et d’échanges sincères. Hélène et moi-même avons fini par imaginer ensemble des collaborations communes mais surtout par rêver d’un monde de la plongée ouvert à toutes et tous, d’un monde qui bouge, d’un monde qui donne envie aux jeunes de rejoindre le mouvement incroyable de la découverte et de la protection des fonds marins.

Hélène de Tayrac et Hélène Adam de Different Dive lors de leur rencontre à Paris
© DifferentDive | DDIVE

Et vous, quel est votre rêve ?

Surtout,… n’oubliez pas d’être heureux / heureuse 🤗

Hélène

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  1. Bonjour,
    Nouvelle monitrice de plongée, issue de la promo 2018 du CREPS de Montpellier.
    Je ne savais pas que l’organisation du salon était gérée par vous, et moi qui suit extrêmement sensible à l’image et la place des femmes dans la plongee je trouve ça super !
    D’ailleurs les combinaisons que vous portez sont superbes. Peux on avoir les références ? La marque ?
    Merci et très bonne continuation !

    1. Bonjour Flory,

      Je suis heureuse de lire que tu es très sensible également à la place des femmes dans le monde de la plongée.
      Hélène de Tayrac fait beaucoup pour le monde de la plongée en général en ce compris les femmes dans ce monde particulier
      De mon côté, j’ai écrit quelques articles sur le sujet que tu trouveras sur ce blog.
      Je transmets ta demande pour les combinaisons à Hélène de Tayrac

  2. J´ai bien noté que cette année, au salon de la plongée, il faudra impérativement arrêter dans les allées les deux belles hellènes (et je n’ai pas parlé de poire) : Hélène de Tayrac et Hélène de DifferentDive ; je n’y manquerai pas !

    1. Robin,
      C’est avec plaisir que j’échangerai quelques mots avec toi lors de cette édition du salon de la plongée.
      J’espère que d’autres oserons aussi aborder Hélène de Tayrac également
      Merci pour la précision portant sur les poires 😉

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