Polémique autour de Laurent Ballesta : peut-on incriminer les chercheurs ?

Récemment, le biologiste et photographe sous-marin Laurent Ballesta s’est fait accuser par Mathias Michel de destruction de l’environnement de la passe de Fakarava Sud dans le but de faire ses films (vous avez peut-être vu passer les vidéos à ce sujet)

Le sujet est sensible et touche Fakarava en Polynésie, endroit merveilleux et préservé (que vous pouvez découvrir ici)

L’idée développée par Mathias Michel étant que Laurent Ballesta, pour les besoins de ses films, a abîmé la passe de Fakarava Sud en posant des câbles et autres plots de soutien détruisant par la même occasion des coraux. Il lui reproche également de perturber la vie sous-marine avec les éclairages puissants utilisés et au travers des champs électromagnétiques issus des câbles.
Plus d’explication et la vidéo de Mathias Michel disponible ICI 

Quelques jours plus tard, au travers d’une vidéo « réponse », Laurent Ballesta a démenti ces propos et assuré qu’il avait non seulement travaillé avec respect pour l’environnement mais aussi fourni des données scientifiques précieuses pour la compréhension de la vie sous-marine de la passe (dont les requins) et laissé gracieusement du matériel vidéo à disposition des gestionnaires de la passe pour sa préservation.

Sortons alors du conflit entre Mathias Michel et Laurent Ballesta (qui ne nous concerne finalement pas) et intéressons nous quelques instants à l’impact des actions des scientifiques, chercheurs, vidéastes,… sur la vie sous-marine

Dès lors, que penser de l’influence des actions de type scientifique sur l’environnement marin ?

A mon sens, comme dans toute démarche scientifique, il peut effectivement y avoir des conséquences résultant des actions menées par une équipe, développant un projet tel que celui de Laurent Ballesta, sur la vie marine mais également sur l’augmentation de la fréquentation de la passe par les plongeurs et plongeuses (avec les dégâts potentiels qui en découleraient).

Mais n’y a-t-il pas aussi des bénéfices ?

Si, au départ, Laurent Ballesta est photographe sous-marin, son film sur la passe de Fakarava a largement dépassé la simple production de reportage puisqu’il y a associé des recherches pointues et inédites.

Cartographies des fonds, comptage des requins et mérous, étude des sons, étude de l’influence de la lumière,… les multiples données récoltées dans ce type d’action viennent aussi enrichir la connaissance des éco-systèmes fragiles et aider de ce fait à leur préservation.

Alors que l’engouement nouveau, suite au film de Laurent Ballesta, pour la passe de Fakarava retombera peut-être vite notamment au regard de sa difficulté d’accès, l’augmentation de la connaissance perdurera et permettra très certainement des actions futures positives en faveur de cet eco-système fragile.

Certains coraux ont été endommagés ? Des requins, mérous et autres poissons ont été dérangés ?… Peut-être.
Mais quelles seront les retombées en termes de préservation future ? Combien de personnes auront été sensibilisées à la fragilité de ce monde marin au travers des films réalisés ? Ces impacts n’ont-ils pas été prévus et/ou évalués ?

Si la recherche excluait tout dommage nous n’aurions pas aujourd’hui de médicaments efficaces, de moyen de transport rapides, de bateaux performants pour la plongée,…

Le progrès demande de la recherche, la recherche a parfois un impact sur l’environnement. Les spécialistes des mesures vous diront peut-être même que « la mesure perturbe toujours l’objet de la mesure ».
Mais peut-on pour cela raisonnablement refuser la recherche scientifique ? Doit-on se dire que si nous perturbons l’environnement, c’est d’emblée condamnable ?

Il ne s’agit évidemment pas d’accepter tout et n’importe quoi sous couvert de la recherche mais bien d’accepter qu’une action puisse avoir des conséquences et faire tout ce qui est en notre possible pour qu’elles soient les plus limitées possible.

Enfin, ne perdons pas de vue que dans le monde, des personnes agissent parfois aussi dans un intérêt plus large que leur simple profit personnel

Bien sur, lorsque l’on entreprend une action, nous sommes de facto susceptible de devenir une cible.
Parce que, au final, seuls ceux et celles qui ne font rien ne risquent pas (ou pas trop) d’être sous le coup de la critique.

Quoiqu’il en soit, n’oubliez surtout pas d’être heureux / heureuse 🤗

Hélène

PS : il faut signaler que depuis la diffusion de la réponse de Laurent Ballesta, Mr Mathias Michel a décidé de supprimer son post et la vidéo jointe, clôturant de ce fait le conflit, ce dont nous pouvons nous réjouir 🤗

  1. Toute activité humaine, quelle qu’elle soit, a des impacts sur l’environnement.
    Même nous, plongeurs responsables (je l’espère !), qui faisons attention à notre flottabilité, à notre palmage, à ce qu’aucun équipement (mano, octopus) ne traîne, à ne rien toucher… avons un impact sur l’environnement marin ou terrestre. Ne serait-ce que par notre présence pas vraiment naturelle, par nos bulles, par le bruit que nous faisons, par le mouvement d’eau que nous créons…
    Quid de nos déplacements en avion pour aller faire de beaux séjours de plongée, des moteurs des bateaux de plongée, de la pollution engendrée par la fabrication de nos matériels de plus en plus perfectionnés, que nous changeons de plus en plus souvent ?
    Il faut savoir raison garder.
    Je suis d’accord avec toi, Hélène, les bénéfices qui seront retirés de l’action de Laurent Ballesta sont bien supérieurs aux impacts sur l’environnement que son équipe et lui ont créés.
    Sinon, il faudrait jeter avec lui les Cousteau et compagnie, qui ont fait beaucoup pour la connaissance du milieu marin et pour l’attrait vers les profondeurs de nombre d’entre nous !
    Pour ne pas avoir d’impact, il faudrait tout simplement ne pas exister !

    1. « les bénéfices qui seront retirés de l’action de Laurent Ballesta sont bien supérieurs aux impacts sur l’environnement que son équipe et lui ont créés. »
      Voilà, c’est mon sentiment également.
      Je suis 100% d’accord avec toi quand tu dis que le simple fait d’exister a un impact.
      Pour ma part, j’essaye de plonger le plus « responsable  » possible mais, pourtant, je prends l’avion pour aller autour du monde, j’utilise du matériel de plongée fabriqué en Néoprène,…
      Merci Virginie pour ton point de vue que je partage 🙂

  2. C’est de toute manière une parole contre une autre et le pot de terre (Mathias) contre le pot de fer (Ballesta). Mr Mathias a supprimé sont post: cela ne veux pas dire que ce qu’il a écrit était tout a fait faux. Mr Mathias dépend des autorités locales pour faire vivre son centre et il s’attaque à un cador qui a l’aval de ces même autorités! Suis-je le seul a penser qu’il y aurait peut-être quelques pressions ?

    1. Cette une bonne question Jean-Claude à laquelle nous n’aurons peut-être pas de réponse.
      En ce qui me concerne, ce n’est pas la polémique entre ces deux personnes qui m’intéresse (polémique qui n’aurait d’ailleurs probablement pas du passer par les médias sociaux mais être réglée de vive voix) mais la réflexion sur les impacts des démarches scientifiques et/ou participant à une recherche de ce type.
      Acceptons-nous ces impacts (avec un effort pour les minimiser) ou doivent-ils être d’emblée condamnés empêchant peut-être de facto l’avancement de la compréhension des sujets auxquels les recherches s’intéressent ?
      C’est précisément ce côté de l’histoire qui retient toute mon attention

      1. J’ai eu l’occasion de rencontrer Mr Ballesta il y a quelques années lors d’un festival ou il présentait un film sur les cœlacanthes. Ayant été assez étonné de la configuration des CCR, j’ai tenté de lui poser quelques questions il m’a donné l’impression d’être un homme très imbu de sa personne (pour rester poli). Dès lors je me demande si Mr Mathias n’a pas publié son teste en désespoir de cause après avoir tenter de discuter ( ce n’est bien sur qu’une hypothèse)
        PS: Dans le film sur les cœlacanthes la scène qui est un remake des « L’étoffe des héros » veut a mon avis tout dire sur certaines personnalités 😉

      2. Je ne connais ni Laurent Ballesta ni Mathias Michel, je m’abstiendrai donc de porter un quelconque jugement sur ces deux personnes (même si je les connaissais d’ailleurs 😉 )
        C’est la question que je pose plus haut en rapport avec l’impact des recherches scientifiques qui m’intéresse vraiment 😉

    2. J’ai posé demandé sur un autre site quel était le prix d’une plongée dans la passe avec Mr Mathias? Pas de réponse. Son post n’était il pas un moyen de se faire connaitre? Ou est la frontière entre Business et recherche…
      L’un gagne sa vie en emmenant des plongeurs sur le site, l’autre est sponsorisé par des grandes marques pour y faire des images exceptionnelles. (Je n’ai pas trouvé de rapport officiel des études menées par l’équipe Ballesta, s’il y en a un accessible au public, ca m’interesse….)

      1. Hélène je ne juge personne! je pense simplement que ce sont des traits de personnalités qui ont contribués a ce que cette tempête dans un verre d’eau se retrouve sur les réseaux sociaux

      2. François,
        « Ou est la frontière entre Business et recherche… »
        C’est une excellente question. Peut-être que les deux sont interdépendants ?
        Je ne sais pas si Mr Mathias a utilisé son post pour se faire connaitre.
        Par contre dans le film de Laurent Ballesta, on peut voir les interviews de quelques scientifiques (notamment de l’université de Liège en Belgique si ma mémoire est bonne) qui ont greffés leurs recherches sur le tournage du film.
        Ce côté la m’intéresse 😉

      3. Jean-Claude,
        Je ne dis pas que tu juges les gens mais juste que moi je ne le ferai pas.
        Est-ce que la personnalité des deux personnes impliquées a déclenché cette « tempête dans un verre d’eau » ? Peut-être
        Quoiqu’il en soit, ce que j’ai apprécié dans cette situation c’est qu’elle m’a demandé de réfléchir à la question de savoir s’il faut condamner les chercheurs pour l’impact de leurs recherches sur l’environnement. Et j’ai trouvé intéressant de pouvoir me poser, y réfléchir et partager un point de vue avec vous toutes et tous 😉

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