Plongée : rencontre avec le monde merveilleux de Marc Jasinski

Il fait partie des grandes figures qui ont façonné le paysage de la plongée sous-marine dès le début et dont les actions restent imprimées dans notre conception moderne de cette merveilleuse activité subaquatique.

Dès lors, il me paraissait impossible de ne pas lui rendre hommage en permettant à chacun et chacune de nous de découvrir son incroyable univers.

Personnage discret et plein de talents, Marc Jasinski est un des précurseurs de l’archéologie subaquatique fluviale. Brillant photographe et amateur de modélisme, si ses travaux relatifs à la plongée sont connus bien au-delà des frontières de sa petite Belgique, il a inspiré de nombreux plongeurs et plongeuses qui ont désiré se lancer dans l’univers passionnant de la plongée sous-marine après la lecture de ses livres « Les secrets de la plongée sous-marine » et « Plongées sous la terre »

Il y a quelques temps, j’ai rencontré Marc Jasinski pour discuter avec lui de sa passion de la plongée archéologique fluviale et découvrir ce monde merveilleux qui le passionne. J’avais déjà eu l’occasion d’assister à une de ses conférences puisqu’il est avant tout une connaissance de longue date de mon binôme dans la vie. Si je connaissais les plongées sur épaves et autres recherches dans les mers et les océans, j’ignorais tout ou presque de la plongée archéologique dans les cours d’eau proches de chez nous.

Focus sur le parcours de Marc et sa vision de l’archéologie fluviale actuelle.

C’est quoi la plongée archéologique ?

La réponse fuse, car pour Marc, la plongée archéologique, ça n’existe pas !

On fait de l’archéologie sur terre, en montagne, dans des mines, … et sous l’eau mais pour lui, les principes restent les mêmes dans tous les environnements et ont pour objectif d’essayer de comprendre :

« Comment vivaient et fonctionnaient nos prédécesseurs en nous basant sur les indices qu’ils nous ont laissé. C’est ça l’archéologie, c’est exploiter les témoins matériels pour comprendre le fonctionnement et la vie d’une civilisation, d’une société»

Sur terre ou sous l’eau, Marc m’assure que le principe est le même et qu’il est important d’avoir conscience que, contrairement aux autres sciences, l’archéologie à le malheur de détruire l’objet de son étude !

Pourtant, il relève tout de même quelques spécificités de l’archéologie subaquatique :

  • Le travail se réalise sous l’eau d’où la nécessité d’être très à l’aise en plongée (et une bonne gestion de sa flottabilité)
  • Il est essentiel de pouvoir oublier que l’on plonge afin de se concentrer et faire son boulot
  • Il existe du matériel et des engins de travail spécifiques à cette activité subaquatique.

La plongée comme outil de découverte

Si pour Marc Jasinski, la plongée archéologique n’existe pas, il n’en reste pas moins vrai que la plongée est la clé qui ouvre la porte vers des sites qui autrefois n’étaient pas exploités : mers, océans mais aussi lacs, cours d’eau, … En ce sens, cette activité subaquatique est un outil supplémentaire permettant la compréhension du monde passé.

La plongée est un outil qui permet d’accéder à ces différents environnements réputés jusque là inaccessibles.

Les grandes étapes du parcours de Marc Jasinski

L’approche :

Marc m’explique qu’il y avait un chantoir (perte d’un petit ruisseau dans le sol) dans la propriété de son grand-père. Avec quelques amis et notamment Pierre Brichard, Marc entreprend de dégager ce chantoir. Ils trouvent alors une grotte qui descend sur 70 mètres et commencent à l’explorer. Il est émerveillé par ce monde souterrain 😮

A la fin de ses études, Marc part en vacances au Club Med à Santa Julia et s’inscrit à un cours de plongée. Alors que la plongée en scaphandre autonome n’en est encore qu’à ses balbutiements, c’est là qu’il va attraper le virus de la plongée.

« J’étais mauvais dans tous les sports mais la plongée, c’était mon truc »

Lors de sa troisième plongée (à – 40 mètres), Marc s’éloigne un peu du groupe (normal quand on débute à -40m 😱) et trouve une amphore. Il sourit en se rappelant comme le guide de plongée était fâché et vexé de ne jamais l’avoir vu lui-même. Marc continue sa semaine de vacances en plongeant le plus possible et se pose la question de savoir : « comment vivre sans plonger en Belgique ? »

Une évidence s’impose alors à lui : « C’est mon destin, c’est clair ! », se dit-il.

Première étape :

Marc décide alors d’explorer les grottes de Han sans se douter que la plongée archéologique se révèlera périlleuse voir dangereuse surtout avec le matériel de plongée de l’époque !

Il obtient l’autorisation de s’entrainer à la sortie de la grotte avec sa femme Anette en plongée libre (par manque de matériel) puis ensuite, en plongée bouteille. Il faut rappeler qu’il n’existe à cette époque ni gilet stabilisateur, ni les confortables combinaisons Néoprène que nous connaissons, ni phare de plongée 10.000 lumens 😉

Lors de leur première plongée bouteille ils se rendent compte qu’ils ont trouvé de la céramique dont des vases intacts du 16ème siècle, un vase gallo-romain et même deux objets de bronze beaucoup plus ancien (premier millénaire avant JC)

Deuxième étape :

Alors qu’il recherche des appuis pour réaliser les fouilles archéologiques dans les grottes de Han, c’est auprès du conservateur du Musée Royal d’Art que Marc va trouver le soutien nécessaire pour entamer ses recherches.

En 1963, la société des Grottes, suite au soutien du conservateur du Musée, fait confiance à Marc et lui donne alors les moyens de construire un air-lift (outil de dévasage) et d’acquérir du matériel. C’est l’ouverture du chantier.

C’est aussi à cette époque que Marc Jasinski crée le CRAF (Centre de Recherches Archéologiques Fluviales) dont l’objet est d’étudier et de valoriser le patrimoine subaquatique wallon.

Une véritable manne d’objets dont certains très précieux (bijoux de l’âge du bronze) sont découverts : armes, outils, ustensiles, … Si les objets datent principalement de l’âge du bronze, on retrouve des objets de toutes époques jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Les résultats des recherches de Marc et des équipes qui se sont succédées pendant une vingtaine d’années restent à ce jour une découverte majeure de l’archéologie en Belgique.

Troisième étape :

Sous l’impulsion de Christophe Delaere, président actuel du CRAF et jeune archéologue ayant fait de brillantes recherches notamment en Bolivie, les actions de fouilles à Han s’organisent, se « professionnalisent », et font l’objet de méthodes de recherches systématiques visant à comprendre pourquoi tous les objets trouvés aux Grottes de Han se trouvaient là.

Un chemin tout tracé ?

Durant ces trois différentes étapes de son parcours, Marc Jasinski a rencontré des obstacles.

Avant 1963, la difficulté majeure était d’être pris au sérieux dans le projet de recherches archéologiques aux Grottes.

Il a fallu à Marc de la détermination pour réussir à trouver le soutien dans le chef du conservateur du Musée Royal d’Art. Cependant, à partir de 1963, les découvertes étaient tellement spectaculaires que tout le monde s’y intéressait. Marc relève qu’il a toujours eu depuis cette époque le soutien de la direction de la Société des Grottes comme ce sera le cas avec d’autres partenaires : des entreprises ont travaillé à la bonne réalisation des fouilles en donnant du matériel spécifique, certains mécènes, convaincus par l’utilité scientifique du chantier de Han, ont également permis d’aller plus loin en apportant des fonds. Enfin, des partenariats intellectuels ont été réalisés avec l’Université de Liège (ULg) et L’Université Libre de Bruxelles (ULB).

Recul sur le parcours de Marc

Lorsque je l’interroge sur ce qu’il changerait s’il pouvait modifier son parcours, c’est tout naturellement qu’il me répond qu’il commencerait les fouilles directement avec la mentalité d’aujourd’hui, une méthodologie scientifique et moins de récoltes d’objets qu’il ferait « parler davantage »

Si Marc est conscient qu’il était là au bon endroit au bon moment et qu’il était le premier (ce qui aide), il sait aussi que dans son parcours, il a du pouvoir saisir les coups de chances et opportunités (propositions de travailler sur des chantiers en mer, …) et dépasser les coups durs comme la mort en siphon de son coéquipier Pierre Brichard.

A ceux et celles qui voudraient tenter l’aventure de l’archéologie subaquatique, Marc Jasinski conseil de faire preuve d’enthousiasme, de force et de volonté car les débouchés sont rares dans le cadre académique. Pourtant comme il le dit :

« Comme dans n’importe quel secteur, quand on est très bon, on trouve à s’occuper » me dit-il et je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec lui 

Pour entamer cette activité, il lui semble essentiel aussi de se former aux bonnes pratiques. Aussi, depuis une vingtaine d’années, Marc Jasinski au travers du CRAF travaille en collaboration avec la Nautical Archeological Society (NAS) pour former les plongeurs amateurs à adopter les bonnes pratiques d’archéologie subaquatique.

Les personnes ayant suivi cette formation sont brevetées et surtout très efficaces sur les chantiers d’archéologie subaquatique. Cette activité de formation est une des activités essentielles du CRAF. Pour Marc, cette formation permet non seulement plus d’efficacité dans le travail mais aussi (surtout ?) plus éthique et une approche plus respectueuse du matériel de recherche.

Y a t-il encore un avenir pour l’archéologie subaquatique ?

Que les aventuriers d’aujourd’hui, les explorateurs passionnés d’histoire et de plongée se rassurent, l’archéologie subaquatique n’en est qu’à ses débuts.

Les occasions d’aller vers plus de compréhension des civilisations anciennes sont larges et les futurs plongeurs accros à l’archéologie fluviale auront encore de très grandes chances de découvrir les merveilles que voudront bien leur livrer les plans d’eau, les mers, les océans et les cours d’eau.

Pour exemple, en Wallonie (Belgique) seules la Lesse et une partie de la Meuse ont été visitées par des chantiers d’archéologies subaquatiques… Tout est à faire ! 

La question du futur

Marc a toujours eu la passion des eaux froides peut-être parce que c’est dans ces eaux qu’avec un de ses amis il a monté la plus belle recherche d’épave de sa carrière (La Gerona envoyée par Philippe II, en Irlande). Ce sont donc ces eaux qu’il affectionne tout particulièrement quand il est question d’envisager de plonger encore.

Pourtant, aujourd’hui, Marc croit qu’il n’a plus la forme physique pour participer à de telles expéditions et même s’il pense qu’il accepterait peut-être d’aller tremper ses palmes si on lui proposait un chantier dans des eaux chaudes et tranquilles, il est néanmoins convaincu qu’il faut maintenant laisser la place aux jeunes.

Mais, pas question de se mettre « à la pension ». Marc encourage les futurs passionnés à venir au CRAF et continue à assister aux fouilles en prenant du plaisir avec sa passion pour la photographie.

Marc Jasinski est un « grand monsieur », plein de sagesse, de connaissance et d’instruction. Si vous ne l’avez jamais rencontré, je vous encourage vivement à aller vers lui et les autres membres du Centre de Recherche et d’Archéologie Fluviale et pourquoi pas tester l’archéologie fluviale sur le site comme j’ai eu la chance de le faire en août dernier.

Vous avez manqué cela ? Lisez vite le compte rendu ici, c’était que du BONHEUR !

Racontez nous vos expériences dans le monde du travail en plongée dans un commentaire ci-dessous, cela me fera plaisir d’échanger avec vous 🙂

Et surtout, n’oubliez pas d’être heureux/ heureuses 🤗

Hélène

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