Rascasse ou poisson lion: voilà pourquoi il faut s’en méfier !

Si les rascasses sont belles et très photogéniques, nombreux sont les adeptes de plongée sous marine à craindre la piqure de rascasse volante appelée aussi poisson lion.

Voilà pourquoi ils ont raison de s’en méfier.

La nuit ne semble pas vouloir tomber en ce mois de mars sur la baie égyptienne où j’explore les fonds marins.

Avec mon binôme Didier et Dany, un ami, nous nous apprêtons à faire une plongée de nuitLe temps des derniers jours était au vent et nous redoutons une visibilité très moyenne.

Préparation de la plongée de nuit

Ahmed, le divemaster du centre Coraya qui assurera la sécurité surface avec son collègue nous confirme que la visibilité est faible en bord de plage. Mais, vu que le vent est légèrement tombé, elle devrait être meilleure si nous nous écartons quelque peu vers le large.

Peut-être parce qu’ils ont moins l’habitude que nous des plongées de nuit, peut-être par sympathie, Wolfgang et Philippe, les deux autres inscrits à cette sortie, décident qu’ils nous suivront. Et bien sur, ils sont les bienvenus.

Nous convenons que je ferai la direction de palanquée. Didier et Dany me suivront. Enfin, Wolfgang et Philippe nous avertissent de ne pas faire attention à eux. Cela, car il est possible qu’ils choisissent à l’un ou l’autre moment de prendre un autre itinéraire.

Ahmed nous incite à prendre tout notre temps. Tout comme moi, il suit la règle pour réussir une plongée de nuit et attend donc que la nuit soit bien tombée.

Une plongeuse attend prêt de son bloc monté de faire sa plongée de nuit
En attendant la plongée de nuit | © Different Dive

L’heure de l’immersion

Lorsqu’il est l’heure de nous mettre à l’eau, j’avance tout doucement. Le froid de la mer (22°C) sur mes pieds n’est nullement contrebalancé par la fraicheur du début de cette nuit venteuse.

Un instant, je pense que je rebrousserais volontiers mon chemin.

Cependant, j’aime tellement plonger de nuit que je continue d’avancer dans l’eau.

Les vagues sont fortes et manquent de nous faire basculer. La visibilité semble quasi nulle tant le fond est remué. J’ai un peu froid malgré ma combinaison semi-étanche.

En surface, un bébé poulpe vient dans le spectre large de ma lampe de plongée spéciale photo. Il me donne instantanément envie de me retrouver avec lui là dessous.

Première partie, quand tout va bien

Nous nous immergeons et atteignons la première pinacle. Je souris intérieurement car, je dois bien avouer que j’ai failli la louper. La visibilité pour la rejoindre est inférieure à un mètre. Je me sens comme parfois dans certains plans d’eau belges.

Nous faisons un premier tour avant d’explorer le haut de la pinacle. Un monde merveilleux s’offre à nous : des comatules par dizaines grouillent sous nos regards admiratifs.

Je m’approche quelque peu pour saisir la beauté de ce spectacle au travers de mon objectif. Le froid me gagne petit à petit. Nous ne plongeons pourtant que depuis +/-15 minutes.

Soudain je sens comme une présence et m’écarte instantanément du rocher : quelques poissons lion ou rascasses remontent le long du tombant. Inexorablement attirés par le faisceau ultra large de ma lampe, ils viennent presque me frôler.
Bien que ces poissons soient magnifiquement beaux, je me méfie très fort de la piqure de la rascasse volante et décide de redescendre, de contourner la pinacle et de me diriger, comme prévu, vers le récif nord avec le reste de la palanquée.

Une rascasse s'approche, gare à sa piqure
Rascasse ou poisson lion | © Different Dive

Quand l’admiration fait baisser l’attention

Petit à petit la visibilité se fait meilleure et nous poursuivons la plongée.

Didier me montre un énorme Bernard L’hermitte.

Je m’approche du petit animal en prenant soin de chasser la rascasse tout près à l’aide de ma lampe : « allez ouste, plus loin ». Nulle envie de sentir sa piqure.
Je regarde autour de moi, me rapproche du sol et immortalise le petit mollusque. A ce moment, je me dis que mon ami Dany, équipé de son appareil photo macro, aimerait aussi le voir.

Un Bernard L'hermitte dans sa coquille
Crustacé dans sa coquille | © Different Dive

J’effectue alors un mouvement de palmage « Frog Kick inversé » pour faire marche arrière sans soulever de sable et m’aide d’un tout petit mouvement de la main.

Piqure de rascasse

Je n’ai aucune hésitation sur ce qui m’arrive lorsque je sens la piqure de la rascasse transpercer mon doigt. A cet instant, je prend mon doigt dans ma main droite et presse le majeur. Une goutte de sang perle et la douleur aigüe démarre instantanément.

Je viens d’avoir une piqure de rascasse et c’est immédiatement très, très douloureux.

Outre la douleur, le stress me gagne parce que je ne suis plus certaine des effets de la piqure de rascasse. De fait, ils viennent se mélanger dans mon esprit stressé avec ceux du poisson pierre. Alors que, dans ma réalité, je connais les dangers des animaux marins que j’avais expliqué dans cet article.

Une chose est certaine : à la douleur intense et au froid s’ajoute la peur.
Je me rappelle que la piqure de rascasse peut provoquer un malaise vagal à cause de la douleur et je n’ai nulle envie que cela se passe sous l’eau. Je regarde Didier lui montre mon doigt et lui fait signe que ça ne va pas et que je veux remonter… TOUT DE SUITE !

Je prends soin d’indiquer aux autres que nous remontons et qu’ils doivent rester tous les trois ensemble.

Arrivés en surface, en larmes, je dis à Didier que je viens d’avoir une piqure de rascasse et que je veux être le plus vite possible hors de l’eau. Secouée par mes sanglots et alors que mon binôme propose de me remorquer, je palme rapidement et nous rejoignons la côte. 

La douleur a alors gagnée tout mon doigt.

Ahmed viens à notre rencontre au bord de l’eau et m’interroge.

Aux travers de mes larmes je lui dis « lion fish, lion fish » et il comprend immédiatement que j’ai été piquée par une rascasse ou poisson lion.
Ahmed ne traine pas et m’enjoins à le suivre. Son collègue m’aide à me décapeler rapidement. Didier me dit de ne pas m’inquiéter et j’abandonne tout mon matériel au bord de l’eau.

Le centre se trouve à moins de 50 mètres. Je continue à sangloter jusque-là.

Premières réactions à avoir suite à une piqure de rascasse 

Ahmed me dit de plonger mon doigt dans l’eau chaude qu’il m’apporte.

J’ai l’impression qu’en plus de la douleur, il veut m’ébouillanter.

Pourtant, je finis par arriver à mettre mon doigt dans l’eau (très chaude) et j’ai la sensation que cela diminue un tout petit peu la douleur qui me prend dans toute ma main. Ahmed m’explique que le venin injecté lors de la piqure de rascasse dans mon doigt craint la chaleur.
Il tente également de me rassurer en me disant que la piqure de rascasse n’est pas dangereuse, juste douloureuse.

Malgré cela, impossible de me rassurer mais ça m’encourage.

J’ai toujours aussi mal, aussi froid (je grelotte) … et aussi peur. Je ne me sens pas bien, pas bien du tout. Pendant ce temps, Ahmed sonne au centre baro-traumatique. Tout en parlant dans une langue que je ne comprends pas, il vient regarder l’état de mon doigt.
Afin de tenter de me réchauffer, Didier qui m’a rejointe, m’aide à ôter le haut de ma combinaison de plongée et m’entoure avec des serviettes de plage.

Manifestement, le médecin au bout du fil convient qu’il faut que je vienne jusqu’au centre à 5 minutes de route.

En route vers le centre baro-traumatique

Toujours en pleurs, toujours transie de froid, de douleur et de peur, je monte avec Didier et Ahmed dans la camionnette.

Durant le trajet, loin de l’eau chaude, j’ai la nette sensation que ma main va exploser et puis… j’ai l’impression que mon doigt devient insensible.

Le centre est très différent des hôpitaux et autres cabinets médicaux belges et ressemble plus dans mon esprit à un dispensaire ce qui ne me rassure pas. Pourtant, la suite me montrera des personnes bien compétentes.

Pas de remède mais des soins

Je tremble comme une feuille. Le médecin me fait trois piqures dans le doigt pour anesthésier la douleur et regarder de plus près. Il conclut qu’il s’agit bien d’une piqure de rascasse. Ensuite, il me confirme que cela n’est pas dangereux mais juste très douloureux. Comme il n’existe pas de remède spécifique, il me fait alors une piqure d’antidouleur puissant et une autre de cortisone.

L’effet de l’anesthésiant est rapide et j’arrive à me calmer. Je me sens un peu mieux.

Ensuite, le docteur nous explique que la douleur peut durer 48h mais qu’il n’y a rien à faire si ce n’est prendre des antidouleurs et des anti-inflammatoires.

C’est décidé, j’arrête la plongée !

Je le remercie en lui disant que c’est décidé, que j’arrête la plongée, que c’est bien trop dangereux. Il sourit, me tapote l’épaule et me dit d’un air paternaliste que je ne vais pas arrêter.

Sur le chemin du retour, je réitère le fait que j’arrête la plongée. Didier mon binôme sourit de mes propos (mais si, il sourit). De son côté, Ahmed me dit que non, que je vais continuer, et que cela fera aussi partie de mon expérience globale du monde sous-marin.

Mouais, je me serais bien passée de ce genre d’expérience.

C’est alors que notre chauffeur, silencieux jusque-là, me montre sa main. Un de ses doigts porte une longue cicatrice. Il me raconte que c’est le résultat de la morsure d’une murène qu’il n’avait pas vue… Mais qu’il continue à plonger en étant encore un peu plus prudent. Vous vous rappelez de l’article sur les murènes ? Si non, n’hésitez pas à le lire pour éviter ce même incident.

Finalement, et comme par magie, le lendemain matin, plus aucune douleur. 

Dès lors, je renonce à tout ce que j’ai dit la veille et m’en vais découvrir les fonds marins loin, très loin du souvenir de cette piqure de rascasse. Même si pour les divemaster et instructeurs du centre je serais la plongeuse piquée par le poisson lion et que nombreux seront ceux et celles qui viendront admirer ma blessure d’exploration.

Hélène et Ahmed le lendemain de la piqure de rascasse
Avec Ahmed le lendemain de la piqure de rascasse | © Different Dive

Je salue au passage la réactivité d’Ahmed et des autres membres du centre Coraya qui, il faut le reconnaitre, ont été supers réactifs, rassurants et efficaces.

Piqure de rascasse : tout ce qu’il faut savoir

La piqure de rascasse volante, un accident fréquent ?

Dans le centre Coraya à Marsa Alam, j’étais la deuxième personne victime d’une piqure de poisson lion en 6 mois de temps. Cependant, vu le nombre de plongées par jour effectuées dans ce centre et la présence en masse de poissons lion, on peut considérer que la piqure de rascasse ou poisson lion n’est pas un accident habituel.

Comment réagir en cas de piqure de rascasse 

  • Garder son calme (même si c’est plus facile à dire qu’à faire)
  • Sortir de l’eau
  • Plonger l’endroit piqué dans de l’eau chaude (40°C c’est bien)
  • Appeler le médecin ou, à défaut, prendre des antidouleurs et anti-inflammatoires.
  • Bien désinfecter la plaie les jours qui suivent
  • Être patient, ça passera.

Que retenir de cette expérience :

  • Même en connaissant le monde sous-marin, nous ne sommes pas à l’abri d’une piqure, morsure ou autre.
  • Afin d’adopter un bon comportement, il est préférable de connaitre les dangers liés aux animaux marins. Je pense sérieusement à m’intéresser un peu plus à la plongée bio.
  • Il convient également de se renseigner sur l’attitude à avoir en cas d’accident.
  • La piqure de la rascasse volante ou poisson lion n’est pas dangereuse mais très douloureuse. De plus, il n’est pas possible de garder un morceau d’épine dans votre peau car elles ne cassent pas (dixit le médecin du centre baro-traumatique).
La piqure de rascasse est redoutable car le venin est contenu dans ses aiguillons
Belle à photographier | © Different dive

En conclusion, les plongeurs et plongeuses ont bien raison de se méfier du poisson lion ou rascasse et de sa redoutable piqure. Car, même si cela fait partie de « l’expérience totale de plongée sous-marine », je me serais bien passé de vivre ce moment très particulier. 

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Gardons à l’esprit que nous sommes et resterons juste invités de ce merveilleux monde sous-marin.

Et surtout… n’oubliez pas d’être heureux/heureuse 🤗

Hélène

  1. je me permets de partager un petit retour d’expérience et d’observation en ce qui concerne la famille des Péterois (rascasse) volitans, radiata, antennata, etc… .
    Ayant pu goûter de la piqure de notre ami emplumé de par le passé , je me suis intéressé, par une observation un peu plus concentré, à son attitude comportementale.
    Il se trouve que lorsque celui-ci se sent en « danger  » il se met en position de défense. Celle-ci consiste à présenter ses épines dorsales( avec lesquelles il pique!) face au danger potentiel. Rien à craindre si l’on reste à une distance raisonnable de ses épines en question (environ plus de 10 cm). Le Ptérois a la capacité de piquer plusieurs fois à la rapidité de l’éclair si l’on rentre dans son champ d’action. J’ai pu observer qu’il existe un comportement de groupe lorsque plusieurs individus évoluent ensemble, ils ont la capacité d’encerclement en adoptant la position écrite plus en avant. je peux que recommander de prendre plus de distance, ils sont bien plus rapides et agiles que nous . Je rappelle que seule les épines dorsales sont potentiellement dangereuses.

    1. Bonjour Gilles,

      Un grand merci pour toutes ces précisions. Effectivement, le fait d’avoir expérimenté sa piqure nous rend plus sensibles à son comportement. Comme celui d’éviter d’utiliser une lampe spéciale photo en plongée de nuit 😉

    1. Bonjour Sébastien,
      Je n’avais pas de gants lors de cette plongée bien que cela soit autorisé mais uniquement pour les plongées de nuit. Cependant, je ne pense pas que le gant aurait empêché la piqure de rascasse 😉

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