Shark feeding : accident de plongée en Polynésie

Tahiti infos relayait début mai qu’un moniteur de plongée s’était fait mordre par un requin sur le site de la vallée blanche à Faa’a, site tahitien réputé pour être un lieu de shark feeding.

Bien heureusement, le moniteur, manifestement déjà connu pour avoir eu des incidents avec le nourrissage des requins, s’en tire avec une opération et quelques points de sutures à la main. Il ne s’agit pas d’une attaque mais bien d’une erreur du requin qui a été attiré par l’odeur de sang imbibé dans le gant servant pour le shark feeding et qui a voulu l’arracher.

Qu’est-ce que le shark feeding ?

C’est une pratique de nourrissage des requins tolérée (en dehors des lagons à plus d’un kilomètre de ceux-ci) mais pas réglementée.

Si le shark feeding sert très clairement à attirer les requins pour mieux les observer (et faire plaisir aux clients), il présente des risques évidents tels que de voir des requins réputés plus agressifs (requins tigres, requins marteaux, …) s’approcher sans crainte des êtres humains et/ou les bousculer voir les attaquer.

Si certains utilisent régulièrement cette pratique de nourrissage de requins et y trouvent des avantages, d’autres s’inquiètent de voir apparaitre de nouveaux accidents sur des plongeurs, des pêcheurs ou des baigneurs. Accidents qui seraient attribués alors aux requins trop habitués à ces pratiques de shark feeding.

Il ya a quelques temps lors d’une plongée à Moorea, j’ai pour la première fois assisté à une forme de shark feeding (sans avoir été informée à l’avance que les guides de plongées utiliseraient cette pratique ! ) 🙁

Dans un paysage marin assez pauvre proche de la baie de Cook, un des guides, responsable d’un enfant de 12 ans et d’un autre débutant, était curieusement bien entouré d’une multitude de petits requins de récif au dessus de nous. Comme je suivais de loin cette palanquée en toute autonomie avec mon binôme, j’ai observé le guide pour me rendre compte qu’il agitait un petit tube de plastique percé d’une multitude de trous. J’ai bien vite compris que ce tube contenait des morceaux de poissons qui attiraient les requins et les rendaient nerveux.

A plusieurs reprises le guide devait repousser violemment les petits requins qui allaient jusqu’à le bousculer.

A la fin de la plongée, un des deux guides a laissé tomber par accident son tube alors que nous avions fini le palier.

C’était impressionnant et surréaliste de voir cette horde de requins s’acharner à 30 mètres de fond sur un ridicule tube de plastique.

Notre guide, malgré la fin du palier et alors que nous finissions une deuxième plongée successives sur la matinée est redescendu chercher son « outil magique attrape requin »…

Quelle incidence pour nous plongeurs et plongeuses ?

L’accident survenu à Tahiti et relaté par l’article doit nous faire réfléchir nous, plongeurs et plongeuses, aux conséquences et dérives de certaines pratiques qui pourtant servent à nous satisfaire de notre plongée que nous avons payée…

Même si le shark feeding n’est pas interdit, il semble qu’il est important tout de moins de légiférer pour réduire les risques de cette pratique sans attendre un accident plus dramatique et d’autres conséquences (augmentation d’accidents, requins qui s’approchent de trop près des humains, …)

La mer n’est pas notre milieu naturel… ne l’oublions pas.

Comment réagir ?

Et si nous gardions à l’esprit que les rendez-vous avec la nature n’existent pas ?

Ne faut-il pas dès lors accepter de sortir d’une plongée sans avoir pu voir ce que l’on espérait et renoncer à ces pratiques qui attirent les requins pour notre plaisir immédiat mais sans pouvoir toujours mesurer les conséquences parfois dramatiques ?

Nous pouvons choisir de refuser la pratique du shark feeding et préférer les centres qui ne le pratique pas.

De cette manière nous pourrons toujours profiter en toute sécurité de lieux magiques comme le magnifique mur de requins de Fakarava que je vous invite à découvrir de toute urgence  🙂

Et cela, sans susciter chez ces animaux des comportements agressifs provoqués parfois par le manque de nourriture habituellement apportée par les adeptes du shark feeding.

Postez un commentaire ci-dessous… et dites nous votre avis concernant le Shark Feeding

 

Bonnes bulles et n’oubliez pas d’être heureux 🙂

Hélène

 

Vous avez maintenant une idée de la réalité du shark feeding, mais  savez-vous pourquoi il ne faut pas avoir peur des requins ?

  1. Bonjour Helene,

    Je comprends ce que tu ressent sur le Shark Feeding avec ces experiences, mais il ne faut pas généraliser. Ca peut-être trés benefique. Un extrait d’èchanges sur un autre forum :

    Salut !

    (désolé pour les fautes j’écris rapidement)

    Je comprends vos interrogations car j’ai eu les même il y a quelques années.
    Sans trop m’étendre, j’essaie de répondre a vos questions brièvement et je pourrais développer si besoin :

    Question : On est donc encore loin des gris à Fakarava sud ou des Marteaux à « Darwin Arch » aux Galapagos.
    Donc, si je comprends bien, il ne faut pas venir aux Fidji pour « simplement voir du requin »? En quoi est ce différent du nourrissage des « citrons » en Polynésie française?
    Réponse :
    Ce n’est pas qu’on en est loin, c’est qu’on y sera jamais : Il n’est pas possible de voir de requins type bull / tigres de façon suffisamment régulière pour en faire une plongée spécifique sans feeder. Vous pouvez faire 10.000 plongées aux Fidjis, capitale des requins bouledogues, si vous n’allez pas sur les sites de feeding vous n’en verrais jamais (ou un par grande chance de super loin pendant 2 secondes).

    Ce ne sont simplement pas les même animaux. Si tu veux venir aux fidjis voir du gris sans feeding, c’est possible. C’est même possible pour les marteaux : ) Il faut juste connaitre les spots. Ce sont donc deux activités différentes. En fait, même les spots de feedings de bulls sont différents et on a souvent des gens qui les font tous. Même les jours sont différents sur un même spot, nous avons des gens qui décident de faire la plongée encore et encore car ce sont des requins différents, des actions différentes, plus d’opportunité pour les photos, etc…

    Question : Le baiting/feeding sur terre comme sous l’eau ça m’a toujours paru comme un grand cirque destiné au bon plaisir des humains.
    Réponse :
    Il y a plusieurs choses ici :
    Le bon plaisir des humains n’est pas le diable. Nous mangeons pour notre plaisir, allons au restaurant, au cinéma, regardons la TV, surfons sur internet, achetons des habits qui nous plaisent etc.. pour notre bon plaisir et TOUTES ces actions ont un impact négatif sur la planète. Attention donc a ne pas faire d’une cible une activité qui est surement bien plus positive que de manger un steak.
    D’autre part, cette activité qui certes procure du plaisir aux personnes qui y participent (et ce n’est pas un tord, c’est la seule façon de la rendre viable en la monétisant), apporte des bénéfices (Le steak pas, le cinéma pas, le match de foot pas). Ces bénéfices sont variables en fonction de comment l’opérateur opère, et peuvent inclurent : apport d’une source supplémentaire de nourriture pour espèce en danger, aide a la création de réserve marine, augmentation des rencontres entre individus des espèces cibles, potentiellement aidant a la reproduction et au partage des hotspots (théorie mais probable), éducations aux touristes et aux locaux, source de revenus supplémentaire pour les locaux, apport régulier d’espèces clef de voute sur un site qui le rend zone source, dédiabolisation des requins pour le public non-averti, etc…

    Question : Par contre, que le nourrissage n’altère pas le comportement sauvage des squales, voir que ce soit « bon pour le récif », là je demande à en savoir plus quand même. Parce que ça va franchement à l’encontre du discours général.
    Je veux bien croire que cette « pensée générale » est trop simple ou même fausse, mais j’aimerais avoir des arguments pour m’en convaincre.
    Réponse :
    Les requins bouledogues et les requins tigres sont des espèces qui fonctionnent avec des hotspots (bien que cela puisse dépendre des individus). Ils apprennent en grandissant mais également en suivant leurs congénères les endroits qui sont bons pour eux, les enregistrent, et font des grandes boucles qui incorporent ces endroits pour les visiter régulièrement. Certains individus se « posent » plus longtemps que d’autres (souvent les requins vus en shark feeding) et d’autre préfèrent ne passer que de temps en temps (et ceux la ne changent pas leur façon d’être, ils continuent a ne passer que de temps en temps).
    Lorsque nous créons un nouveau site de feeding, nous créons un nouveau hotspot potentiel pour ces requins. Oui ce hotspot n’est pas « naturel » (encore que, il est possible de choisir un spot ou les requins ont été vus sans feeding, ce que nous avons fait ici) mais c’est naturel pour ces requins de chercher et trouver des hotspots donc cela n’altère pas leur façon de vivre. Certains requins passent 2 fois par ans, d’autre une fois par mois, d’autre viennent une semaine et disparaissent pour 1 mois avant de revenir, certains sont la 5 jours sur 7 pendant 6 mois puis disparaissent pendant 1 an avant de revenir. ILS FONT LEUR VIE.
    Certains arrivent a une période de leur vie ou ils sont en danger car ils n’ont pas beaucoup mangé, et passe un mois à reprendre des forces avant de repartir.
    Ils continuent de chasser le reste de la journée et de la nuit (nous voyons parfois des marquent de chasse, i.e. morsures d’autres espèces de requins, marquent de tentacules de poulpe sur la tête, etc…). Certains requins ne mangent JAMAIS mais sont la souvent (souvent les mâles ou les jeunes femelles). Ils observent simplement et trouvent surement leur compte au côté social du site.

    Pour le coté récif, c’est assez simple :
    – le coté facilité de protection du site dû a la présence du site de feeding
    – le coté présence d’espèces importantes pour le récif (les grands requins apportent de nombreux bénéfices pour l’écosystème : plus de poissons en meilleure santé etc… je peux développer si tu n’est pas familier avec ca)
    – le coté on amène de la matière organique dans l’eau qui se redistribue dans la chaine alimentaire. Les requins ne mangent sans doute que 50-70% de la matière organique, le reste est mangée par des poissons osseux. Certains de ces poissons sont petits et amène d’autre prédateurs sur site (nous voyons de plus en plus de thon, waloo, rainbow runners et autre pélagiques pendant la plongée. L’année dernière à la même période : rien), d’autres sont plus gros et apportent des bénéfices a leur manière. Tous relâchent de la matière organique dans l’écosystème qui va aux invertébrés, corail, etc…
    Nous avons un bel exemple aux Fidjis avec BAD qui a commencé son activité de shark feeding il y a bientôt 13 ans. Il y a 13 ans, le récif était mort. Aujourd’hui c’est un des récifs les plus vivant que j’ai pu voir, le corail vivant est partout, grosse biodiversité, beaucoup de biomasse, et très probablement une résilience et une résistance augmentée.

    Question : Pourrais-tu nous en dire là aussi un peu plus, STP ?
    En quoi celà serait mal fait par endroit et en quoi est-ce fait « proprement » ici ?
    Réponse :
    En gros, il faut regarder la table 4 de ce papier :
    https://www.rsmas.miami.edu/assets/G…_-_Tourism.pdf

    ou le site http://sustainablesharkdiving.com/

    Certaines règles ont été définies pour faire les choses bien. Ayant eu la chance de commencer de zéro, j’ai pu rajouter à ces règles lors du design, et améliorer a ma sauce.

    Un mauvais site de feeding rendra les requins difficile a prédire et la plongée dangereuse pour les plongeurs par la création d’un chaos selon la façon de feeder, la quantité, le positionnement des plongeurs et du staff, l’équipement, etc…

    Je suis personnellement devenu CONTRE le hand-feeding car je trouve que cela apprend au requin que la nourriture viens du plongeur – mais d’autres centres sérieux le pratique. La vérité c’est que les requins sont intelligents et pour reprendre un exemple de Mike de BAD, un chien que vous nourrissez a la main ne va pas sortir dans la rue mordre les mains de tous le monde lorsqu’il a faim. Il apprend ou, quand, qui, comment.

    « Le shark feeding c’est mal » c’est un mythe, un peu comme « le lait c’est bien », beaucoup de gens y croient encore…

    Si vous voulez des précisions n’hésitez pas mais pour y avoir passer des centaines d’heures, je vous assure que le shark feeding (bien fait) fait partie de la solution et non du problème : )

    Au plaisir de discuter plus longuement ! En résumé, oui ça peut être mal fait, mais ça peut être aussi que du bon pour tous le monde.

    1. Bonjour Thomas,
      J’ai lu attentivement ce témoignage d’un professionnel du shark feeding.
      Dans l’absolu, en dehors de raisons scientifiques et/ou de protection des requins, je pense que « dresser » ou appâter de tels prédateurs à venir manger auprès des plongeurs et plongeuses n’est pas une bonne idée.
      S’il n’est pas possible de voir « naturellement » des requins bouledogues ou tigres aux Fidji, j’irai les voir ailleurs, si la nature le veut bien. Et j’irai aux Fidji pour y voir la nature spontanément présente sur ses sites de plongée.
      J’ai un peu de mal à croire à l’argument des requins qui ont besoin de nourrissage pour survivre…
      Mais je suis loin d’être une spécialiste, d’autres pourraient très certainement apporter un éclairage neutre sur ce sujet.
      Merci à toi d’avoir susciter la réflexion… pour nous permettre de ne pas tout prendre pour argent comptant 🙂

  2. Bonsoir,
    Je compte prochainement faire une plongée requin mais surtout pas avec un procédé d’appâtage ou autre ..je ne l’ai jamais fait et je suis juste N2(sur le tard, le temps passe …) …je voudrais ,comme chaque plongeur je suppose, voir des requins et autres espèces marines ! Donc je suis en recherche de site pour plonger avec nos amis les requins ..Vous citez « Fakarava Sud » voilà peut-être une nouvelle destination….Auriez vous d’autres sites de plongée à me proposer (un ou deux) …c’est un rêve que je veux concrétiser, un rêve beau comme un requin…au plaisir de vous lire .

    1. Bonjour Fabrice,

      Fakarava Sud est un spot de plongée où tu as la garantie de voir des requins. Je t’invite à découvrir l’article sur le mur de requins (voir lien dans l’article ci-dessus) pour comprendre comme ce spot est formidable. Par contre, la Polynésie (qui est peut-être mon endroit de plongée préféré au monde) c’est loin. Il faut pouvoir y séjourner au minimum 3 semaines pour vraiment en profiter.
      Si tu habites en Europe, l’Egypte en croisière de plongée (accessible dès le niveau 2) te promet également de merveilleuses et riches rencontres sous-marines pour un budget plus doux et la possibilité de n’y consacrer qu’une semaine de tes vacances. J’ai écrit un article sur le sujet récemment (regarde dans la rubrique : plongée => destination => Afrique)
      Après, il existe de très nombreuses destinations où tu peux apercevoir des requins: des petits dog fish en Irlande, aux requins baleines du Mexique, … le choix des destinations incroyables à visiter est vaste.
      D’où viens-tu ?
      Quoique tu choisisses, n’hésites pas à venir nous dire quelle destination auras eu ta préférence pour vivre tes prochaines expériences de plongée 🙂

  3. La question mérite d’etre posée, mais je trouve très maladroit d’entamer l’article par ce fait divers a la vallée blanche, puis d’illustrer avec ce qui se fait a Moorea. Les pratiques y sont radicalement différentes. Comparaison n’est pas raison…
    Quand a aller voir les requins a Fakarava, plutôt deux fois qu’une !

    1. Bonjour Thibault,

      L’expérience de Moorea ne vient pas illustrer le fait divers. 
Je suis confuse que tu l’ai compris en ce sens, je me suis manifestement mal exprimé, désolé.

      A Moorea, c’est plutôt un « appâtage » des requins (il n’y avait pas de nourrissage au vrai sens du terme) auquel j’ai assisté. Cependant, il me semble que cette expérience est une forme assez proche du shark feeding que pour être mentionnée ici même si, au final, les requins n’auront pas les morceaux de poissons tant que les plongeurs sont dans l’eau.


      Je pense qu’il est important que les plongeurs et plongeuses sachent que des pratiques de ce genre (comme à la vallée blanche où à Moorea) se déroulent pour que les clients puissent repartir contents de leur plongée. De cette manière, ils ou elles pourront choisir en tout état de cause d’adhérer ou pas à ces pratiques.
      En ce qui me concerne, si j’avais su que cela allait être le cas, j’aurais probablement choisi une autre structure de plongée parce que je préfère la spontanéité d’une rencontre.
      J’ai la croyance que le nourrissage et « l’ appâtage » des animaux marins ne sont pas des pratiques anodines que l’on doit laisser se banaliser car elles ont très probablement un réel effet sur la vie marine et sur le rapport des animaux envers les humains.
      Laissons peut-être cela aux scientifiques qui ont besoin d’étudier les animaux marins ?

      
Ici je relate une expérience vécue que je partage pour susciter la réflexion ( le texte étant introduit par le fait divers illustrant le shark feeding). 

      Après, chacun est libre d’effectuer ses propres choix.

      Et pour être sûr de plonger avec les requins, comme tu le soulignes également, mieux vaut retourner plutôt deux fois qu’une à Fakarava Sud… il y en a tellement que la certitude de les apercevoir est à 100% 😉
      
Merci de m’avoir permis de préciser ma pensée au travers de ta remarque.


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