Quand la plongée donne le vertige

C’était il y a plusieurs années déjà. Le soleil brillait et j’avais ce jour-là rdv avec mes binômes préférés pour une merveilleuse plongée.
Par chance, j’étais enfin guérie de ce vilain rhume qui trainait depuis quelques jours. Chouette, j’allais pouvoir plonger d’autant que la saison de la plongée avait repris et que j’écoutais depuis deux semaines les récits de mes Buddy avec envie.

Une fois arrivée sur le lieu de rdv et équipée, je m’immerge et plonge avec délice dans l’eau de ce spot de plongée que j’aime tant (une de nos carrières belges sombres et froides mais que nous affectionnons pourtant tellement).

A peine immergée, je sens que mes oreilles ne passent pas vraiment bien mais sans doute rien d’anormal avec mes sinus qui sont restés encombrés si longtemps. Je ralentis alors un peu la descente (je tiens à mes oreilles ! ), j’insiste un peu sur l’équilibrage (même si je ne veux pas le reconnaître moi-même… l’envie de plonger est trop forte) et, oh magie, j’arrive à la profondeur décidée durant le briefing de mon guide de palanquée.

La plongée se passe sans encombre, je me sens bien et heureuse d’être dans cet élément,… mon élément depuis quelques dizaines de plongées. Je ne regrette pas d’avoir répondu présente pour cette magnifique sortie. Autour de moi, la faune et la flore s’expose discrètement et j’observe avec respect cette nature silencieuse. Mais déjà, il est temps de remonter.

Alors que j’arrive à quelques mètres de la surface, un grand vertige me prend, plus moyen de distinguer le haut du bas et la sensation violente que le monde tourne autour de moi à toute allure sans comprendre ce qui m’arrive me donne un sentiment de panique.

Mon cœur s’emballe et j’ai heureusement le réflexe d’attraper fermement la palme de mon binôme.

Voyant mes yeux effrayés, celui-ci réagit immédiatement en m’agrippant d’une part et en me faisant signe que tout va bien pour me rassurer d’autre part.

Quelques secondes plus tard, le vertige a disparu et, si mes jambes restent flageolantes, je retrouve un état normal et fais signe à mon binôme que tout est OK. Ensemble, nous regagnons la surface calmement.

Mais que m’est-il donc arrivé ?

Le responsable de ce vertige soudain est appelé vertige alternobarique ou vertigo.

Provoqué par une différence de pression oreille gauche-oreille droite, le vertige alternobarique, s’il est bénin, peut avoir de graves conséquences en cas de panique du plongeur qui pourrait être tenté de remonter à une vitesse excessive et incontrôlée.

Quels sont les caractéristiques du vertige alternobarique ?

  • Un vertige soudain et important se produisant la plupart du temps à faible profondeur et le plus souvent à la remontée
  • Un sentiment de désorientation : indifférenciation du haut et du bas
  • Une panique fréquente (due aux deux précédents)

Notez que ces symptômes sont passagers et qu’ils diminueront rapidement en quelques secondes à quelques minutes dans la majorité des cas

Comment gérer le vertige alternobarique ?

  • Garder son calme : c’est la toute première chose à faire (mais c’est plus facile à dire qu’à faire 😉 )
  • Rester à la profondeur à laquelle on se trouve jusqu’à disparition des symptômes. En effet, si vous continuez la remontée, les symptômes au lieu de disparaître risques d’augmenter
  • Si possible, s’accrocher à quelqu’un ou quelque chose et chercher un repère visuel
  • Terminer la remontée très lentement pour laisser la pression s’équilibrer dans les oreilles

Prévention

  • Ne pas plonger s’il existe un risque que le conduit auditif soit encombré (pendant ou juste après un gros rhume)
  • Équilibrer fréquemment et calmement la pression dans les oreilles pendant la descente et cela, dès le début de votre plongée
  • Ne pas forcer l’équilibrage de la pression
  • Interrompre la plongée en cas de difficultés persistante pour équilibrer
  • Ne pas utiliser de décongestionnant nasal pour « tout de même plonger », éviter l’automédication
  • Demander l’avis de votre médecin si vous êtes régulièrement soumis à ce type de désagrément

Et si cela ne disparaît pas ?

ATTENTION : si les symptômes persistent plus de quelques minutes, vous devez envisager la possibilité d’un barotraumatisme de l’oreille, pouvant s’accompagner d’une perte auditive et/ou d’acouphènes, ou d’un accident de décompression. Dans les deux cas, il convient de consulter rapidement un médecin spécialisée et/ou d’enclencher la chaîne des secours.

Le vertige alternobarique,  est un incident mineur s’il est bien géré. Toute la difficulté réside dans la bonne gestion du vertige par le plongeur et/ou son binôme.

N’hésitez pas à tester vos connaissances sur le vertige alternobarique en répondant au quizz réalisé par DAN.

Avez-vous déjà fait l’expérience d’un vertige alternobarique ?

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Bonnes bulles et n’oubliez pas d’être heureux / heureuses 🙂

Hélène

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  1. Merci Hélène pour ton article. Je suis sujette à ces vertiges. Je prépare mon N2 et lorsque l’on fait trop de yo-yo durant les exercices, ça me le fait à la remontée. J’ai même remarqué que ça ne me le fait que lorsque la remontée est trop rapide. Donc c’est devenu un bon indicateur dans la gestion du temps de la remontée. Quand ça me prend, je fais en sorte de me tenir et ça passe vite. Je préviens chaque encadrant et le signe à convenir pour qu’ils ne paniquent pas ou cherchent à me remonter. Je veux pas que les exercices soient interrompus alors que ça passe rapidement. Ce n’est qu’avec les exercices que cela me le fait. En explo, rien, tout va bien.

  2. Bonjour, je pense avoir subi un tel vertige à 2 reprises mais au tout début de remontée, à chaque fois juste après avoir atteint une profondeur « record » de ma vie de plongeur ( à 45 m et 55 m ). Dès la montée amorcée, cela a tourné pendant quelques instants et je sentais bien que ce n était pas du à une narcose mais à mes oreilles. Je prends note de tes explications et je prendrai soin la prochaine fois de limiter voire de stopper la vitesse de ma remontée ! Merci beaucoup !!

    1. Bonjour Pierre,
      Je crois qu’en cas de vertige en plongée, stopper la remontée le temps que cela passe est toujours une bonne idée 😉
      Merci pour ton retour intéressant

  3. Bonjour
    Merci pour cet article, mon premier vertige et quelques uns qui ont suivi ont eu lieu à la surface en se mouchant un peu trop fort …
    Et en plongée cela m’arrive surtout quand on fait des exercices de remontées, ce qui me fait penser que le tress peu jouer un rôle dans ce type d’incident. Par contre je n’ai jamais eu de problème à la descente (je n’ai que 80 plongées au compteur)
    Je prévient toujours mes binômes que je suis sujet à ces vertiges et on se mets d’accord sur les signes et attitudes à tenir

    1. Bonjour Hervé,

      C’est une excellente idée de prévenir ses binômes, bien vu !
      Normalement, ces vertiges arrivent toujours à la remontée.
      C’est simplement l’équilibrage de pression qui ne se fait pas à la même vitesse des deux côtés qui provoque le vertige alternobarique.

  4. Excellent article qui traite d’un sujet qui m’a fait de grosses frayeurs par le passé, lors de mes premières plongées.

    En tout cas, c’est très bien expliqué. Je pense que beaucoup de nouveaux plongeurs à qui c’est arrivé trouveront désormais une réponse !

    1. Merci Marco pour ton retour 😉
      La première fois que l’on a un vertige alternobarique en plongée, c’est vrai que ça a un côté effrayant
      Mais quand on prévient-comprend-apprend à réagir, c’est tout de suite mieux vécu

    1. Merci Quentin pour ton feedback,
      Heureuse de lire que tu as apprécié les explications sur cet incident de plongée assez courant 😉

  5. Plutôt en âmont de mes plongées et pour me protéger contre tous les problèmes d’oreilles j’utilise le Baume Scaphander.

    C’est un produit qui existe depuis plus de 20ans à base d’huiles essentielles naturelles.

    1. Bonjour Cyrilio,
      J’ai souvent entendu parler positivement de cette baume sans jamais avoir eu l’occasion de l’utiliser pour les plongées.
      C’est une piste à creuser, merci 😉

  6. Merci pour cet article qui permet de contextualiser le vertige alternobarique (alterno-barique ?) !

    Heureusement, je n’ai jamais plongé après un rhume, mais je pense avoir que mon conduit auditif gauche est plus étroit ce qui me pousse à insister sur la manoeuve de Vasalva tandis que l’autre oreille est bien équilibrée. J’ai été victime de quelques sensations de tournis passagères, mais rien d’aussi violent que ce tu décris – ce qui n’empêche bien entendu pas d’être prudent et prévenir son binôme.

    Je me suis également rendu compte en apnée que la manoeuve de compensation par Vasalva était inefficace pour moi en position horizontale, la tête en bas, pendant des séances d’apnée. Bref, je crois que je vais travailler dessus, éviter de forcer la compensation et essayer Frenzel et compagnie pour un meilleur équilibrage et ainsi éviter un potentiel vertige alternobarique en plongée !

    1. Bonjour Plongeur Barbu et merci pour ton retour 😉

      Je suis d’accord avec toi, mieux vaut être prudent et informé de manière à prévenir et/ou anticiper des ennuis en plongée.
      Il m’arrive parfois aussi d’avoir une oreille plus sensible et de devoir être un peu plus patiente.
      Mais je préfère ne plus forcer car je tiens à mes oreilles et espère qu’elles m’accompagneront encore de très longues années dans mes plongées et ailleurs 😀

      1. Evidemment, je fais attention à mes oreilles… D’autant plus qu’il y a quelques années, à cause d’une otite (sans rapport avec la plongée), j’ai dû subir 2 paracentèses, puis la pose d’un diabolo, ce qui m’a empêchée de mettre la tête dans l’eau pendant plus de 6 mois… Du coup, j’ai un tympan plus souple que l’autre, ce qui me pose des problèmes au niveau équilibrage…

      2. Virginie,
        J’ai eu des diabolos dans les oreilles lorsque j’étais enfant.
        Peut-être une explication au fait que je sois plus sensible des oreilles (et très prudente) pendant les plongées ?

  7. Je n’ai pour le moment pas eu de mauvaises surprises du style, mais très bonne information et mise en garde.
    Merci Hélène et Virginie
    Belles bubulles

    1. Merci Stef23 pour ton retour
      Disons qu’il vaut effectivement mieux prévenir ce genre d’incident de plongée au départ mineur pour empêcher d’aller à l’accident 🙂
      Bonnes plongées à toi

  8. J’ai souvent les oreilles qui « coincent », à la descente, bien sûr, mais aussi quelquefois à la remontée. Je n’ai jamais été jusqu’à un vertige aussi fort que le tien, Hélène, heureusement. Quand l’oreille coince (toujours la même) , je stoppe la remontée et j’attends qu’elle veuille bien passer (ça fait alors un petit bzzz-puit !), avec l’aide de diverses manoeuvres : avaler ma salive, un ou deux vidages de masque, Vasalva à l’envers…
    Questionné à ce sujet, mon toubib (également médecin fédéral) m’a indiqué que si je devais, pour une raison d’urgence ou de sécurité, continuer ma remontée, il n’y avait pas de risque que je me pète un tympan…

    1. Bonjour Virginie,
      Merci pour ce retour plein de petites astuces
      Je connais le (bzzz-puit ! ).
      Au début de mes expériences de plongée, j’avais tendance à forcer un peu, utiliser des techniques comme les tiennes (souffler simplement de l’air dans son masque aide aussi),… aujourd’hui, je me dis « tant pis » et je continue ma plongée à une profondeur acceptable par mes oreilles ou je la stoppe tout simplement.
      Je me suis rendue compte que je tenais à mes oreilles plus qu’à une simple plongée fut-elle unique.
      Même si on ne risque pas de se crever un tympan à la remontée, je me dis que ce ne doit pas être très bon pour le système auditif de « forcer » un peu, alors je fais ma propre prévention 🙂
      Pour le vertige alternobarique, cela m’est arrivé deux fois à la sortie d’un épisode de gros rhume. La première je la raconte dans l’article ci-dessus. La deuxième, comme je n’arrivais pas à descendre à plus de 6 mètres j’ai fait signe à ma palanquée que je remontais. Ils n’ont pas attendu et sont partis dans le fond (ils auraient du remonter avec moi) et j’ai eu un vertigo vers les -4m. Heureusement que cette fois je savais ce que c’était. Je me suis accrochée à la paroi et ait attendu que ça passe… avant de continuer à remonter très lentement.
      Tout l’intérêt de pouvoir prévenir, reconnaitre et agir face à un vertige alternobarique 😉

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